Initiés

EDENA

Chapitre 14

La Voie Lactée, juste à l’aplomb de la clairière dans laquelle nous avons pris l’habitude de laisser nos corps depuis la visite à Océambre, trace un sillon clouté d’innombrables points scintillants lorsque nous rentrons d’une visite au Grand Sphinx. Une démarche qui ne nous a rien apporté de nouveau.

Jean-Marc se lève au bout de deux ou trois minutes pour faire quelques pas et je le rejoins, histoire de faire jouer muscles et articulations passablement ankylosés. Un mouvement réprobateur de nos oiseaux, dérangés dans leur premier sommeil, nous invite à reprendre rapidement la position allongée et c’est la tête reposant dans les mains que nous fixons la portion de galaxie qui traverse notre ciel.

– Lorsque je projette mon imagination vers la Voie Lactée, surtout quand elle se détache si nettement dans le firmament, fait mon ami, je me demande toujours ce qui peut laisser croire aux locataires de notre planète que nous sommes les seuls humains, les seuls « pensants », dans ce fourmillement d’étoiles dont une grande partie peut donner la vie !

– La prétention, la bêtise, la méconnaissance, ce ne sont pas les qualificatifs qui manquent !

– J’ai aussi tendance à y inclure les religions. De tout temps elles ont posé sur les êtres des œillères, afin de mieux maîtriser leur esprit. Elles sont responsables de bien des retards dans l’évolution de notre humanité. Cela dit, la position du Soleil, en bordure de la Voie Lactée, nous met sans doute hors de portée de la très grande majorité des civilisations de la galaxie. Et notre comportement agressif, de toute manière, fait de nous des primitifs, des parias, que les autres préfèrent éviter.

– Il en est pourtant qui passent ou séjournent ici !

– Bien sûr ! Ne serait-ce que pour nous surveiller ! Le Terrien est dangereux et il ne serait pas le premier occupant d’un système à détruire un univers.

– Détruire un univers !

– Mais oui, Antoine. Comment crois-tu qu’est né le nôtre ?

– Même avec une bonne dose d’imagination, à part le Big-Bang, je n’ai rien à proposer !

– Ce n’est pourtant pas si difficile à imaginer ! La destruction d’une planète peut provoquer la destruction de son système. Celui-ci, à son tour, peut se propager aux systèmes voisins et c’est finalement, de proche en proche, toute une galaxie qui peut être atteinte. Et de galaxie en galaxie…

– C’est tout un univers qui disparaît ?

– Il est détruit, mais il ne disparaît pas. Il renaît de ses cendres, indéfiniment.

– Alors le Big-Bang, ce n’est pas la création d’un nouvel univers, de quelque chose surgi de nulle part ?

– Non, notre univers n’a pas été créé, puisqu’il a toujours existé et qu’il existera toujours, quoi qu’il lui arrive. Il ne peut être que recréé.

– Il y a un quelconque rapport entre destruction d’univers et trou noir ?

– Un trou noir commence par une étoile détruite qui implose. Tout ce qui se situe à proximité est irrémédiablement attiré et entre alors dans un espace-temps particulier. C’est cet espace-temps que l’on appelle un trou noir. Il arrive que ce phénomène finisse par avaler tout ce qui l’entoure, des étoiles proches aux plus éloignées, jusqu’à absorber tout l’univers dans lequel il se trouve. Sauf accident c’est tout de même un événement rarissime et qui se déroule sur un nombre considérable de milliards d’années.

– Ce qui devrait laisser de la marge au nôtre !

– Notre Soleil aurait cessé d’être bien avant, si une telle éventualité devait survenir.

– Maintenant que tout un univers s’est concentré dans le trou noir ?

– La puissance phénoménale qui s’est accumulée dans cet espace-temps va tout bonnement passer de l’autre côté et exploser dans un nouveau Big-Bang afin que toutes choses puissent recommencer.

– Donc l’univers dans lequel nous évoluons est un ex-univers jailli d’un trou noir il y a une quinzaine de milliards d’années et qui va s’étendre à l’infini si rien ne vient l’arrêter ?

– Il ne peut ni s’étendre à l’infini, ni revenir en arrière, sauf destruction. Ni lui, ni les autres.

– Les autres ?

– Oui, les autres. Il n’y a pas qu’un univers, mais des univers.

– Parallèles ?

– Oui.

– Et ils ont toujours été là, tous ?

– Bien sûr ! Et ils renaîtront indéfiniment de leurs cendres.

– Ces univers parallèles ne risquent-ils pas de se heurter, de s’interpénétrer, comme c’est le cas pour certaines galaxies, ce que nous sommes maintenant en mesure de constater ?

– Aldoban explique qu’il existe des horloges du Temps. Elles sont gérées par des entités entre deux réincarnations. Chaque univers existe dans un Temps qui lui est propre, parfois seulement séparé de son plus proche voisin par quelques secondes. Les univers parallèles, les mondes parallèles, sont donc simplement décalés dans ce Temps les uns par rapport aux autres.

– Je reviens un instant sur les trous noirs. Lorsque le « Peuple inconnu » a transféré Terrom dans le monde parallèle où nous avons rendu visite aux licornes, est-ce qu’il a utilisé ce moyen ?

– Tout à fait. Il a utilisé un trou noir créé de toutes pièces et très limité pour ne provoquer que le minimum de perturbations, tant au départ qu’à l’arrivée. Si limité même, qu’il a fait en sorte que les débris arrachés à Terrom restent dans notre système.

– Alors il est aussi possible qu’une étoile, après implosion, passe directement dans un autre univers sans systématiquement porter atteinte à celui qu’elle quitte ?

– Bien sûr ! C’est possible.

– Expliqué comme ça, tout paraît plutôt simple, en théorie !

– Oui, mais ça ne l’est pas vraiment et ce sont en tout cas des mécanismes hors de portée de notre intelligence.

– Et l’homme, dans tout ça ? Il a fallu attendre plus de dix milliards d’années pour qu’il fasse son apparition après le passage de l’univers au travers du trou noir ?

– En voilà une idée ! La Terre n’a que quatre milliards et six cents millions d’années d’existence parce qu’elle se situe dans un système qui se trouve sur un bras en périphérie de la Voie Lactée. Un système qui ne s’est formé que tardivement par rapport aux autres, plus proches du noyau. D’autres étoiles ont créé les conditions nécessaires à la vie bien avant la naissance de notre Soleil et les plus anciennes intelligences sont apparues peu après la formation des toutes premières galaxies. Tu vois, il y a de quoi faire fonctionner l’imagination la moins imaginative !

– Surtout si l’on tient compte du fait qu’il existe un nombre infini d’univers contenant chacun des milliards de galaxies. Hors d’ici ce serait de la science-fiction !

– Et une occasion de plus, pour nombre d’esprits étroits, de tourner l’information en dérision.

– Les Grusiens peuvent voir à quoi ressemblent les humains des autres univers ?

– Non, bien sûr ! Ils n’y ont pas accès. Seulement le fait de savoir que ces univers existent suffit pour eux à accréditer la réalité de la vie, à l’exemple de ce qui se passe dans le nôtre. Et que cette vie soit à deux ou trois dimensions ou peut-être plus n’est pas à exclure.

– Il pourrait y avoir des humanoïdes plats dans d’autres univers ! Et aussi toutes sortes de couleurs de peaux ou des tailles inimaginables ?

– Bien évidemment, Antoine, et il n’est pas nécessaire de chercher hors de notre galaxie pour cela. Sur Terre, les peaux blanches et noires dominent et celles qui sont dites jaunes ou rouges, même si elles sont peu marquées, n’en sont pas moins réelles car toutes les couleurs de l’arc-en-ciel peuvent exister dans les épidermes de nos visiteurs.

– Est-ce que dans ces conditions tous les humains d’une même planète ne devraient pas avoir la même couleur de peau ?

– A quelques nuances près, si. Mais l’élément principal dans la différenciation que nous connaissons vient du peuple extraterrestre qui a aidé au développement des humains de l’une ou l’autre portion de la planète. Il leur a légué à la fois sa couleur de peau et ses caractéristiques morphologiques.

– Comment ?

– En se mélangeant à eux, comme toujours, par les femmes.

– Nous aurions donc tous un ancêtre extraterrestre très lointain issu de quelque planète tournant autour d’une étoile qui brille dans le firmament ?

– C’est de cette manière que les êtres mal dégrossis qui occupaient notre sol ont évolué avec les variantes que nous connaissons. Il en a été de même lors des « races-mères » précédentes.

– Le « Peuple inconnu » aussi a participé ?

– Plus que tout autre puisque, non content de féconder les terriennes, il ne s’est jamais complètement éloigné. Par lui certains humains ont été des géants. Des peuples entiers ont mesuré jusqu’à deux mètres cinquante et plus. Nous avons beaucoup régressé, ensuite, même si nous avons à nouveau tendance à grandir du fait de l’amélioration des conditions de vie. Il y a encore parfois quelques individus dont la taille rappelle ce passé.

– Sur Muu et l’Atlantide il y avait des géants. Nous en avons vu lors de nos « voyages ».

– C’est tellement plus ancien ! Mais il y en avait encore beaucoup, c’est vrai. On trouvera d’ailleurs des restes, un jour, qui le démontreront.

– Un jour ? Lorsque ce qui est dessous remontera ?

– Exactement. Pour l’instant ils sont sous l’eau, eux aussi.

– Si le « Peuple inconnu » est un peuple d’immortels, est-ce que ça ne devrait pas être également le cas de tous les hommes ?

– Il a fait en sorte qu’il n’en soit pas ainsi. Ce sont eux, les Grusiens, qui ont programmé génétiquement les êtres humains pour vivre cent vingt ans. C’est l’homme chassé du paradis terrestre.

– L’homme chassé du paradis terrestre, c’est ça ? C’est la symbolisation d’une humanité à qui l’on a retiré la possibilité de vivre toujours et sans connaître le vieillissement ?

– C’est ça.

– Mais pourquoi ?

– Punition.

– J’avais bien compris, mais pourquoi ?

– Si tous les êtres humains étaient immortels, il est probable que nous aurions été contraints de vivre en couches superposées par manque de place avant de disparaître totalement sous le nombre ! Je suppose qu’il y avait d’autres moyens de limiter cette prolifération, mais que la bêtise, la méchanceté ou je ne sais quoi d’inhérent à l’espèce humaine, depuis sa première apparition et quelle que soit sa planète d’origine, a fait que le problème n’a pu se régler que de cette façon.

– Ève croquant la pomme proposée par le serpent tentateur ?

– Une image. Rien de plus qu’une image qui diffère selon les époques, les religions et les degrés d’évolution, mais qui ne manque pas de précision puisque montrant l’incapacité humaine à gérer la principale conséquence de son activité sexuelle : la procréation à l’infini.

– Les religions, les nôtres du moins, sont récentes par rapport à la présence de l’homme. Ce n’est pas le cas de ce châtiment qui semblerait dater du tout début de la vie dans la galaxie. Tu ne m’as encore jamais parlé d’humanoïdes, en dehors du « Peuple inconnu », ayant une longévité particulière.

– La limitation est un événement qui se noie dans la nuit des temps, Antoine. Un événement qui remonte aux origines des toutes premières races ayant peuplé les galaxies. Je n’en sais pas plus, sinon que toutes les humanités ont en elles un potentiel de vie désormais limité à cent vingt ans et que seuls nos amis les Grusiens ont conservé l’immortalité.

– Au commencement, les enfants qu’ils avaient avec d’autres races devaient aussi être immortels ? Non ?

– Si, mais cela n’a pas duré longtemps.

– Et depuis, ils maintiennent l’immortalité seulement pour les enfants qu’ils font entre eux ? Pour tous les autres, y compris les leurs lorsqu’ils sont issus de croisements avec les femmes des races qu’ils viennent secourir et éduquer, la limitation est inscrite dans les gènes ? Tu sais, Jean-Marc, ce n’est pas la première fois, depuis que je suis arrivé sur Edéna, que l’on parle de l’immortalité du « Peuple inconnu », et pourtant…

– Oui ?

– Et pourtant c’est un concept qui est toujours demeuré plutôt assez vague dans mon esprit. En fait, Aldoban pourrait bien avoir quelques milliards d’années d’existence ?

– Sans aller aussi loin, il en a plusieurs centaines de millions derrière lui, tout comme Solinia et Dénahée.

– Mais ils pourraient parfaitement vivre depuis des milliards d’années ?

– Bien sûr ! Il y a dans leur peuple des individus qui cumulent.

– Ils ne finissent pas par trouver la vie ennuyeuse ?

– Ils sont inattaquables par la maladie, mais à la merci des accidents et Dieu sait si, au cours de ces innombrables années, il peut en survenir ! Du crash de leurs astronefs au poison, en passant par les catastrophes naturelles et tous les avatars qui peuvent arriver dans les mondes visités, neufs ou non, ils ne sont probablement pas si nombreux à pouvoir comptabiliser les milliards d’années d’existence. Et puis ils sont loin d’être inactifs.

– S’ils sont venus un jour sur Terre, après l’apparition des premiers hommes, c’était à la fois pour se désennuyer et pour régler leurs propres problèmes de surpopulation en allant à la recherche de planètes vierges ?

– Et lorsque ces planètes sont peuplées, ils viennent au secours des habitants qui, la plupart du temps et sans leur intervention, resteraient encore longtemps à l’état plus ou moins sauvage. Ils essaiment et ils aident.

– Et parfois aussi ils sanctionnent ou abandonnent, si je reviens sur ce que tu m’as déjà dit.

– Pour ce qui est des « races-mères » précédentes je ne sais pas, mais pour la nôtre c’est oui ! Cela s’est produit plusieurs fois depuis la destruction programmée de l’Atlantide.

– Depuis l’Atlantide il y a eu des nations détruites par le « Peuple inconnu » !

– Non, pas détruites, ou alors très partiellement et localement, mais abandonnées à leur sort, souvent. Mauvaises croyances, mauvaise utilisation du milieu, inaptitude à coexister, rébellion et j’en passe ! Les menhirs, les dolmens, par exemple, sont tout ce qui reste encore de l’une de ces civilisations qui n’a fait que péricliter à partir du moment où elle a été livrée à elle-même.

– C’est celle que l’on appelle la civilisation des mégalithes ?

– Elle-même. Elle avait pourtant réussi à couvrir la quasi-totalité du globe d’une même religion. En témoignent encore les menhirs, dolmens et autres constructions éparpillés partout sur la planète. C’était le temps des druides, leur pleine époque, celle où ils possédaient le pouvoir psychique de déplacer les énormes blocs de pierre avec lesquels ils édifiaient leurs mégalithes. C’était après l’Atlantide et avant les Celtes. Ce que l’on sait des Celtes et des Gaulois correspond à la fin de cette civilisation mégalithique, après qu’elle a été abandonnée à son tour par le « Peuple inconnu ». Il avait estimé, une fois de plus, être allé à l’échec avec l’humanité en place !

– Qu’avaient fait ces gens ?

– Toujours la même chose ! Ils avaient une croyance commune, mais cela n’avait pas été suffisant pour les inciter à fusionner, pour les empêcher de se battre, pour en faire le peuple de la Terre capable d’avancer uni dans la voie qui lui avait été indiquée.

– Et pour justifier leurs échecs, comme toujours, ces hommes ont cru, ou décrété, avoir été abandonnés par Dieu, ou les dieux, selon le cas ?

– Oui, mais en réalité Dieu ne joue aucun rôle dans ces problèmes d’hommes. Ce n’est pas lui qui punit, c’est le « Peuple inconnu » qui le fait parce que l’humanité ne suit pas la ligne qui lui a été tracée. Elle ne vit pas comme elle le devrait pour le bien de tous. Quand elle ne fait pas tout le contraire ! Lorsqu’il en est ainsi le « Peuple inconnu » nettoie et il faut recommencer.

– Il nettoie ?

– Ou alors il se retire et le déclin ne tarde pas à faire son œuvre.

– Mais lorsqu’il nettoie ?

– Cela laisse parfois des traces dans les mémoires, comme pour Sodome et Gomorrhe et toute la vallée dans laquelle se situaient ces deux villes, car elles n’ont pas été les seules à subir les foudres. Mais les contrées du globe vitrifiées pour les mêmes raisons ne manquent pas. Quelque part dans l’Océan Pacifique, non loin de l’île de Pâques, il y a un immense endroit où rien ne pousse sur des kilomètres carrés. On n’y trouve que des coquillages. Le Triangle des Bermudes est un de ces espaces. Dans le Moyen Atlas, il suffit parfois de creuser sur deux mètres de profondeur pour atteindre le sol vitrifié. Certains points du Sahara, aussi, ont été marqués de cette façon. Il nettoie et il faut souvent recommencer à zéro. J’oubliais l’Égypte, même si les Grusiens, là, se sont seulement contentés de se retirer.

– Tu racontes ?

– L’Égypte, nous la gardons pour un autre jour. Nous y retournerons, comme pour le Sphinx.

– Je voudrais déjà y être ! Mais, dis-moi, lorsque les Grusiens participaient à la vie de certains Terriens, lorsqu’ils étaient physiquement actifs, par exemple en Égypte, puisque c’est apparemment l’époque la plus récente de leur présence, ils étaient visibles de tout le monde ?

– Seulement lorsque leur présence pouvait être admise par les populations, parfois comme naturelle, parfois comme surnaturelle. En Égypte, puisque c’est à elle que tu fais allusion, ils étaient les représentants de Ra, jusqu’à ce qu’ils passent le relais aux pharaons, en faisant d’eux à la fois des dieux et des hommes, du moins pendant un certain temps. Mais pour des nations évoluées, comme Muu ou l’Atlantide, et bien d’autres auparavant qui voyageaient dans l’espace, ils étaient des extraterrestres, tout simplement.

– Mais toujours nettement en avance.

– Les Terriens ont souvent atteint des sommets dans bien des disciplines lorsqu’ils ont pu accumuler les millénaires. Ils savaient greffer des cerveaux et cela réussissait mieux que nos greffes de cœurs actuelles. Il en reste d’ailleurs des traces parfaitement visibles de nos jours, au milieu d’autres gravures, au Pérou.

– Les fameuses pierres gravées du docteur Cabrera ? J’ai lu pas mal de choses là-dessus. Elles seraient authentiques ?

– Elles le sont. Ce n’est pas une supercherie. Seulement elles n’ont évidemment pas été gravées par ceux qui effectuaient les opérations qui y figurent ou qui pratiquaient les sciences diverses que l’on peut y reconnaître. Ces gravures sont des réminiscences, des esquisses dues à des êtres dégénérés, après le déclin de la civilisation concernée.

– Ils ont aussi gravé des animaux préhistoriques sur ces pierres. Cela veut-il dire qu’ils coexistaient ?

– L’homme de notre XX° siècle, avec son cerveau mal utilisé, est dans l’impossibilité d’admettre que le monde n’a pas toujours été à l’image du sien ! Les dinosaures sont arrivés après Océambre, après l’ouverture des terres de la Pangée, sur laquelle la vie pensante a longtemps été purement végétale. Lorsque la vie est normalement sortie des océans, il y a eu des civilisations humaines et des dinosaures. En même temps.

– Mais il n’y a pas eu de catastrophe définitive capable de tout détruire en même temps que les dinosaures et d’éliminer une « race-mère » puisque celle-ci, dont nous sommes, est toujours en cours ?

– Voilà ! Une telle catastrophe ne s’est pas produite et de nombreux spécimens de dinosaures ont continué leur existence et côtoyé des hommes, ce qui explique leur présence sur les pierres gravées. Ces humains dégénérés, dont le cerveau avait sans doute perdu tout ou partie de ses capacités de défense mentale, n’ont plus eu les moyens de tenir les monstres à distance et c’est pourquoi certaines pierres gravées reproduisent des scènes de combats entre eux et les monstres.

– Est-ce que les autres « races-mères » ont aussi eu leurs mastodontes ?

– Elles ont eu leurs animaux fabuleux, c’est certain. La Nature est une créatrice généreuse, mais qui a probablement toujours fait en sorte que les humains soient en état de cohabiter avec cette faune particulière en lui donnant un cerveau capable de la tenir à distance.

– Pour en revenir à nos amis Grusiens, il y a donc eu des époques fastes où ils se déplaçaient sur Terre sans avoir à dissimuler en aucune façon leur présence ?

– Il n’est pas nécessaire de retourner bien loin dans le passé pour en avoir la preuve, Antoine. Des témoignages concrets existent. Nazca, par exemple. Cette immense plaine desséchée a été un astroport très utilisé à certaines époques de notre « race-mère » et les dessins que l’on peut y voir sont des figures destinées à être lues de très haut et qui resteront toujours lisibles, même si de nos jours le passage de véhicules de toutes sortes en détériore l’ordonnancement de surface. Tout est gravé en profondeur par un procédé de vitrification indétectable pour nous, mais pas par les astronefs du « Peuple inconnu ». Il en existe également un à Bimini et un autre en Mer Égée. Aux temps où ils servaient régulièrement à accueillir des vaisseaux leurs activités se déroulaient au vu et au su de tous.

– Bimini ? Ce n’est pas qu’une ruine, des restes d’un mur cyclopéen en mauvais état !

– Pas vraiment, non. En réalité la chaussée de Bimini a la forme d’un fer-à-cheval. Elle est enveloppée d’un champ magnétique qui nous empêche de comprendre et pourtant elle est toujours en état de fonctionner. Elle n’est pas utilisée actuellement, et pour cause, mais elle peut l’être à nouveau à n’importe quel moment. Elle tiendra encore des millénaires, tout comme celle de la Mer Égée. Le fait que toutes deux soient sous l’eau ne pose aucun problème aux vaisseaux du « Peuple inconnu » qui supportent parfaitement l’immersion.

– Si tout ce monde, Terriens du passé compris, a eu ou possède toujours la capacité de voyager dans l’espace, les planètes du système solaire ne gardent apparemment leurs secrets que pour nous. Titan ou Mars ont dû être visités ou colonisés plus d’une fois ?

– Visités, évidemment. Colonisés, non. Du temps de Terrom la Lune a pu être habitée parce qu’elle était assez proche du Soleil et qu’elle possédait de l’eau. Pas d’étangs ni de mer ou de lacs, juste des filets d’eau. Titan, par contre, est bien trop éloigné de la lumière du Soleil pour être habitable et s’il y a eu une atmosphère sur Mars, et par conséquent de l’eau, aucune vie intelligente n’y est jamais apparue ou ne s’y est installée vraiment, si ce n’est quelques comptoirs ou relais. Les canaux de Mars ont la même origine que Nazca.

– Nous allons pouvoir le vérifier dans les prochaines décennies.

– Nous deux, oui, grâce à nos amis et à leur vaisseau. Pour le reste de l’humanité c’est une autre paire de manches ! Si Terre revient sur la révolte qui gronde en elle, les habitants auxquels elle aura accordé de survivre devront beaucoup changer pour qu’il leur soit permis d’aller voir ne serait-ce que la face cachée de la Lune. Encore faudrait-il que cela se fasse tant qu’ils en ont encore les capacités. Il y a tant de choses de leur propre globe auxquelles l’accès leur est toujours refusé !

– À l’image des neuf îlots secrets ?

– Pour les îlots, Antoine, il n’y aura jamais de passe-droit, mais il existe bien d’autres endroits susceptibles de s’offrir à la connaissance des Terriens, s’ils évoluent en sagesse. Sans parler de tout ce qui dort sous l’eau pour une durée indéterminée, il y a, dans les terres émergées, tant de traces enfouies que personne n’est capable de s’en faire la plus petite idée. On parle souvent de l’Agartha, mais elle n’est qu’une faible partie des labyrinthes qui datent des civilisations qui ont précédé notre venue et que la croûte terrestre a enterré au cours de ses soubresauts. Avant que les Andes ne se soulèvent, il y avait là d’immenses cités maintenant à l’abri de la lumière. Et que ne recèle pas l’Amazonie, cette forêt vierge sans égal qui a toujours, à peu de choses prêts, été ce qu’elle est aujourd’hui ?

– Tu disais tout à l’heure que ce n’est pas Dieu qui punit les humains, mais le « Peuple inconnu ». Pourquoi Dieu n’intervient-il pas ?

– Parce que ce n’est pas son rôle. Dieu c’est la Création Universelle, l’Énergie Créatrice. Il est tout ce qui est. Il ne se définit pas, Il n’a pas d’image, Il est, c’est tout. Il est parce que nous sommes et parce que tout ce qui nous entoure est. Tout ce qui procède de Lui est vivant. Les univers sont vivants, les mondes le sont, les plantes, les pierres et pas seulement les êtres. Tout ce qui est, est vibration et création de Dieu et c’est la raison pour laquelle les humains sont tenus au respect et à l’amour de la Nature. Celui qui se rapproche de la Nature se rapproche de Dieu. La créature humaine est une infime parcelle de Dieu et elle n’existe que pour s’intégrer complètement à Lui après en avoir acquis la capacité.

– Et cette capacité, chacun peu l’acquérir par le jeu de la réincarnation ?

– C’est bien ça. Chacun gère sa propre marche en avant. C’est lui qui décide par avance de chacune de ses vies en vue d’atteindre le but qui lui est assigné d’office par le simple fait qu’il se mette un jour à exister, d’abord comme être matériel puis, après s’être débarrassé de son encombrante enveloppe charnelle, comme être immatériel, spirituel. Dieu n’intervient pas dans cette marche en avant, enfin, pas directement.

– Que veux-tu dire ?

– Que Dieu, créateur de toutes choses, a deux « représentants » qui viennent périodiquement essayer de remettre sur les rails des humains qui ne cessent de se fourvoyer. Ils empruntent alors chacun une enveloppe charnelle et, dans l’oubli de leur origine divine, créent les circonstances indispensables à la remise sur le bon chemin. Ce processus ne se renouvelle pas systématiquement tous les deux mille ans, mais se termine toujours de la même manière, c’est-à-dire par la mort de l’un ou de l’autre des « représentants ». Seule la façon que nous avons de les faire mourir diffère, selon l’époque et les mentalités, mais le but de leur passage parmi nous est de baliser le chemin vers Dieu.

– Sans grand résultat, le libre-arbitre dont nous sommes à jamais détenteurs finissant toujours par nous pousser dans une mauvaise direction ?

– Pourtant la seule aspiration de Dieu est de voir l’Homme arriver jusqu’à Lui. Tout le reste n’est que création humaine, interprétation, déviation, falsification de Sa pensée. C’est dû à la nature même de l’être vivant, dont nous sommes aussi, toi et moi, Antoine. Regarde ce ciel. Il est Dieu, même si cette seule idée peut empêcher certains de dormir !

– Dormir. Tu ne crois pas que nous pourrions l’envisager ? Surtout que j’aimerais assez sombrer dans les bras de Morphée avec dans l’idée de retrouver l’Égypte, ne serait-ce qu’en rêve !