Cromec

Magalie découvre Cromec

CHAPITRE 1 2/2

– C’est un bon résumé et tu t’adaptes singulièrement bien aux variations du vocabulaire utilisé pour dire la chose. Que sont devenus mes vêtements ?

– Disparus. J’ai dû les dissoudre pour m’introduire dans ce corps dont j’ai maintenant et les formes somptueuses et les besoins, et si tu as eu l’impression de bander quelque peu en reprenant conscience, c’est que tu as ressenti, au plus profond de ton intimité, mon envie de jouir désormais avec ton corps.

– Vu pour le ressenti, et pour le reste tu as raison. Si je fais tout ça c’est parce que je ne veux pas rater ma vie de femme. J’aime Jérôme, mais j’ai aussi en moi un immense désir de volupté auquel mon compagnon devra être en mesure de répondre copieusement. S’il n’en a pas les moyens je mettrai fin à notre relation, même si je dois pour cela me briser le cœur. Je préfère une rupture douloureuse aux maux de tête factices générés par le refus du sexe plaisir. Ce que nous avons déjà expérimenté ensemble ne me laisse d’ailleurs guère de doute quant au résultat. Il est bien équipé et je le trouve plutôt doué. Pour tout dire, c’est lui qui m’a, avec son ami Albert, ouvert à ce désir que je n’avais fait que goûter dans les rares expériences pratiquées avant de le rencontrer.

– Albert ? C’est qui celui-là ?

– C’est comme ça qu’il appelle la chose qu’il a entre les jambes et avec laquelle il m’a ouvert de merveilleuses perspectives d’avenir. Albert c’est le petit nom de son pénis.

Manifestement Magalie savait ce qu’elle voulait et son physique était aussi agréable que son caractère était volontaire. Elle sortit de la salle de bains pour se rendre dans sa chambre. Il lui fallait de nouveaux vêtements puisque Cromec avait fait disparaître ceux qu’elle portait. Au moment d’ouvrir l’armoire elle s’immobilisa devant la glace qui lui renvoyait son image. Elle aimait ce corps dont elle souhaitait tirer du plaisir à satiété. Elle recula d’un pas pour mieux le contempler. À moins que ce ne soit une suggestion de Cromec qui se voyait pour la première fois avec ses yeux d’humain de passage.

Ils furent donc deux à apprécier l’image reflétée par la glace et qui était rien moins que voluptueuse. Depuis ses premiers ébats avec Jérôme la jeune femme avait nettement tendance à se voir avec les yeux et les mots de son amant et donc à savourer ses propres charmes avec les appréciations descriptives du garçon. La pratique régulière et sans excès de la natation et du jogging lui avait dessiné une silhouette dont l’absence de vêtements faisait pleinement ressortir toute la sensualité. Son mètre soixante-quinze, ses formes harmonieuses, sa chevelure auburn, l’avaient depuis longtemps habituée aux regards admiratifs et envieux d’une grande partie de la gent masculine, manifestement déroutée par les asperges anorexiques et sans saveur dont la mode et ses créateurs invertis imposaient la détestable image dans tous les médias.

– Montre-moi ton corps.

– Je croyais que tu le voyais avec mes yeux !

– Montre-le-moi avec tes mains.

– Si tu veux, mais je ne suis pas certaine de bien comprendre. Pour commencer, si tu étais un homme tu aurais dû relever quelque chose d’inhabituel chez la presque rousse que je suis.

– Explique, mais je te rappelle que je ne suis pas un homme puisque je suis toi.

– Les vraies rousses ont une peau blanche, laiteuse et qui brûle facilement au soleil. Ce n’est pas mon cas. Mes yeux verts, ma chevelure et les poils de mon pubis, auburn, je les tiens de ma mère qui est une authentique rousse avec les inévitables et admirables taches de rousseur. Ma peau, elle, je la dois à mon père, un méridional au teint mat qui m’a transmis quelques-uns de ses gènes. Grâce à eux je peux me livrer sans grand risque à ce soleil généralement fatal à mes semblables.

– Si je t’entends bien, c’est un avantage ?

– De nos jours, oui, tant que le bronzage sera à la mode.

Magalie resta un instant immobile puis ses mains montèrent, encadrant son visage, les doigts enfilés dans la masse de ses cheveux. Longs et soyeux, ceux-ci lui couvraient largement les épaules les agrémentant de reflets roux. Elle les rassembla sur l’arrière, comme pour une queue-de-cheval, dégageant de petites oreilles admirablement ourlées et dont chaque lobe s’ornait d’un minuscule diamant. Ainsi dégagé, le visage aux pommettes légèrement saillantes de la jeune femme exprimait toute la beauté sans artifice qui était la sienne avec ses grands yeux verts et rieurs soulignés par le double arc auburn de fins sourcils, avec son petit un nez droit et mobile et ses lèvres gourmandes sans être aussi pulpeuses que celles plus intimes déjà investies par Cromec, mais naturellement colorées de rose.

Puis les mains de Magalie glissèrent devant ses épaules rondes sur lesquelles s’aventuraient quelques taches de rousseur avant de se positionner sur les seins et de s’y attarder un court instant, suffisant cependant pour faire jaillir les tétons. Deux seins fermes solidement attachés, deux belles moitiés de pamplemousses, dorées à point avec des aréoles à peine plus foncées et agrémentées, elles aussi, de quelques taches bien faites pour en relever la saveur. Deux créatures palpitantes qui avaient profité des bienfaits du soleil.

Poursuivant leur progression, les mains franchirent la taille, fine, glissèrent sur le ventre plat et dur avant de se poser un court instant sur les hanches puis de glisser vers les fesses, invisibles dans le miroir, mais que le mouvement montra rondes à souhait.

– Admire mes hanches, Cromec, ne dirait-on pas les douces et magnifiques courbes d’un violon à la résonance bien faite pour rendre et amplifier les sonorités de l’amour ? Et mon cul, il est beau mon cul, non ?

– Je suppose puisque tu penses, dans le même temps que tu poses la question, que c’est un cul à faire bander tous les mecs.

– Je n’ai pas manqué d’occasions de me l’entendre dire, c’est vrai. C’est un attribut qui attire le regard des mâles.

Revenues sur le devant les mains s’arrêtèrent en haut des cuisses, comme saisies tout à coup d’une sorte de pudeur les empêchant de s’insinuer dans une intimité protégée par un léger duvet bouclé de la teinte des cheveux, abritant cet être secret, prêt à ne se dévoiler, malgré ses lèvres gourmandes, que pour accueillir l’ivresse de la possession. Magalie ouvrit légèrement les jambes et glissa ses deux mains l’une sur l’autre avant de les presser fortement sur son sexe et de les y maintenir longuement avec délice tandis que son regard glissait ensuite sur ses jambes, longues, nerveuses, fermes, aux mollets durs mais fins que les activités sportives n’avaient pas gonflés.

Les mains toujours plaquées entre les cuisses Cromec et Magalie admirèrent encore un instant ce corps doré, vivant appel à la volupté, puis la jeune femme s’arracha à sa propre contemplation en s’écartant de l’armoire.

– Je te trouve subitement bien silencieux, pour un voyeur, fit-elle à l’adresse de son occupant tout en ouvrant le meuble pour y choisir de nouveaux vêtements.

– C’est que je réalise seulement ce que peut développer comme sentiments la vue d’un corps de femme aussi exceptionnel que celui que j’ai investi !

– Flatteur !

– Pas flatteur, admiratif. Rien, avant notre rencontre, pas plus que dans les récits de mes frères ou dans la vision que j’en avais moi-même depuis mes pérégrinations dans les murs de vos chambres, ne m’avait permis d’imaginer ce que je viens de découvrir.

– C’est-à-dire ?

– La volupté que vous éprouvez, vous autres humains, à la vue et au contact de votre propre corps et de ce qu’il est capable de vous apporter.

– Tu es dans le vrai, en tout cas pour ce qui me concerne. J’aime me regarder et me toucher. Mais tu as bien dû constater, au cours de ce que tu nommes tes pérégrinations, que tous les humains, des plus jeunes aux plus âgés, sont aussi parfois esseulés ou en manque et qu’ils ont trouvé l’art de faire tout de même vibrer cet assemblage d’os et de chair, en dehors de toute contemplation. Il faut que le corps exulte comme a dit quelqu’un qui ne crachait sans doute pas sur les plaisirs solitaires.

– C’est en partie la raison qui fait que je voulais savoir le pourquoi et le comment de votre fonctionnement à deux et de ce qu’il en résultait.

– Cela dit, si je dois être partie avant le retour de mes parents il vaut peut-être mieux que je finisse d’emballer cette merveille. Non ?

– Si. Mais je dois dire que j’en éprouve quelques regrets.

– J’ai prévenu la réception de l’hôtel que j’arriverai pour le dîner. Ces gens, que je ne connais d’ailleurs pas mais dont l’hotel m’avait déjà été recommandé pour son calme, font aussi restaurant et je préfère un repas en solitaire à de nouvelles discussions familiales sur mon expérience à venir avec Jérôme. Repas en solitaire n’est pas très approprié vu que je ne suis plus vraiment seule depuis ton arrivée !

Magalie se saisit d’un minuscule string blanc et d’une robe, blanche elle aussi, légère et ample, dont elle se vêtit rapidement avant de réagir à la perte des vêtements dissous par l’envahisseur invisible :

– Tu sais que tu me coûtes cher ! Il va falloir que je remplace les fringues que tu as détruites, mon blue-jean, en particulier, ne sortait pas d’une grande surface et j’espère qu’il n’est rien arrivé au contenu de ma valise et de mon sac !

– Ils t’attendent devant la porte.

– Alors, allons-y. Tu vois, je parle au pluriel maintenant.

– C’est bien. Cela prouve que tu acceptes ma présence.

La jeune femme referma son armoire et se dirigea vers la porte de sortie devant laquelle elle avait connu la peur de sa vie. Son sac et sa valise étaient tombés à proximité. Elle se saisit de l’épée dont elle essuya la poignée ensanglantée par le choc avec son crâne, avant de la remettre à sa place. Puis elle ramassa sac et valise, sortit et ferma à clé derrière elle.

Pendant le trajet en bus Cromec resta silencieux, mais son hôtesse, qui avait l’impression de le sentir vivre en elle ne pouvait se retenir de l’imaginer en train de fouiner dans le dédale de son cerveau, de s’insinuer dans tout son organisme, de se projeter jusque dans ses seins et de palper l’intérieur de son vagin d’une multitude de tentacules invisibles. Ces pensées libidineuses eurent un effet immédiat ! Elle sentit ses tétons jaillir sous le léger tissu de sa robe et son string s’humecter du plaisir qui investit son sexe. Le rouge lui monta aux joues tellement la sensation de s’apprêter à jouir en public était forte. Elle se recroquevilla sur son siège, ferma les yeux et, serrant les cuisses, laissa la volupté déferler tout en s’efforçant de maîtriser les tremblements qui la secouèrent. Ce fut court, mais intense et il lui fallut plusieurs minutes avant de trouver le courage de se redresser et de jeter un regard autour d’elle. Apparemment personne n’avait fait attention à son comportement, sauf peut-être une toute jeune fille, debout dans l’allée à côté de son siège et qui la regardait fixement avec un sourire qui paraissait avoir parfaitement reçu le message.

– Je doute fort qu’aucun des miens n’ait jamais rien ressenti de semblable ! Première expérience réussie.

– Veux-tu bien te taire ! J’ai honte de moi ! Cette fille a parfaitement compris que j’étais en train de jouir.

– Et alors ? Il n’est pas question de réfréner de pareilles sensations ! Je veux que tu les laisses t’envahir. Elles me transportent dans un univers jusqu’ici inabordable. Tu ne peux pas savoir ce que j’ai ressenti lorsque mes tétons se sont gonflés et que mon sexe s’est mouillé de plaisir !

– Tu n’as pas l’impression d’inverser les rôles ?

– Oh non ! Je t’ai déjà dit que j’étais intégralement toi. Ton sexe est mon sexe. Tes tétons qui se gonflent de désir ce sont mes tétons qui manifestent leur jouissance.

– Et tu me pousses à la consommation ! Jamais rien d’aussi indécent ne m’est arrivé ! Jouir dans le bus ! Tu ne te rends pas compte, évidemment !

– Je comprends surtout que vous autres, humains, vous vous ingéniez à cacher les vrais besoins qui tenaillent vos corps.

– Tu as probablement raison, après tout. Mais nous arrivons à la gare et à l’incontournable hôtel du même nom dans lequel j’ai réservé une chambre. Mon intimité va avoir besoin d’un brin de toilette après ce qui vient de lui arriver.