Découverte

Les Surprises de Magalie

CHAPITRE 5

Magalie fut la première à émerger. Lentement. Elle était toujours blottie dans les bras du garçon. Aucun des amants n’avait bougé durant le sommeil de plomb qui s’était abattu sur eux. Le soleil, qui prenait le relais des lumières artificielles de la place, éclairait faiblement le nid d’amour sur lequel reposaient les deux corps nus. Quelle heure pouvait-il bien être ?

– Je ne sais quelle heure il est, mais je trouve le temps long.

– Ah ! C’est toi. Tu ne peux pas dormir, comme tout le monde ?

– Chez nous le sommeil n’existe pas, au sens que vous lui donnez. Pour te faire une idée, disons que nous nous déconnectons de la réalité.

– Vous éteignez la lumière, en quelque sorte.

– Si tu préfères.

– En vérité, je m’en fiche et en plus je ne te crois pas.

– Comment ça ?

– Si tu ne dors pas tu vis tous mes rêves et même si je ne m’en souviens pas ils ne doivent pas manquer de saveur vu que le cerveau récapitule et mémorise les événements qui ont précédé le sommeil.

À ce moment de petits coups discrets furent frappés à la porte de la chambre et la voix de l’hôtelière se fit entendre :

– Votre train part dans un peu moins d’une heure, mademoiselle.

– Merci, madame, mais j’ai changé d’avis. Je ne le prendrai pas aujourd’hui.

– J’en suis très très heureuse pour vous, rétorqua instantanément le farfadet avec une sorte de jubilation dans la voix. Prenez votre temps pour le petit déjeuner, rien ne presse plus.

– Le tumulte que vous avez fait en début de nuit ne semble pas avoir échappé à cette brave dame.

– Et manifestement cela lui a plu.

– Un peu perverse l’ancêtre ?

– Je ne crois pas que le sexe lui cause encore des soucis. Cette gentille vieille dame est simplement heureuse d’avoir, que ce soit involontairement ou grâce à son don de double vue, participé à la rencontre de deux êtres qui se sont aimés au point de le manifester bruyamment. Elle a peut-être aussi connu de grands élans de ce genre. Elle devait être très belle dans sa jeunesse, je l’imagine comme une jolie poupée et les hommages appuyés n’ont pas dû lui manquer.

– Et la manière dont elle s’occupe de vous deux laisse à penser qu’elle n’a pas toujours dû les refuser. C’est ça ?

– J’ai tendance à le croire. Si nous décidions de réveiller le mâle qui est dans mes bras et qui n’a entendu ni les coups frappés à la porte, ni les paroles échangées avec l’hôtelière ?

Ce disant la jeune femme se libéra de l’étreinte des bras de Francis et se pencha pour déposer un baiser sur sa poitrine avant de parcourir son corps d’un regard gourmand. Cromec fut le premier à réagir :

– Je ne sais pas s’il rêve de toi ou si c’est une réaction naturelle, mais il est déjà dans de bonnes dispositions alors qu’il n’est même pas encore réveillé !

– Ton éducation sexuelle est loin d’être terminée, mon cher Cromec. Bander au réveil est tout naturel pour un homme et si je n’avais pas la perspective d’une journée sexuellement chargée, je prendrais immédiatement l’affaire très au sérieux.

– Dommage.

– Ce n’est pas aussi simple, il faudrait aussi que je sois prête à l’accueillir et pour l’instant, chez moi, l’endroit manque totalement de lubrifiant.

– Ce n’est pas un argument valable, je sais que le lubrifiant en question tu as des doigts pour le faire se manifester.

– Du calme, Cromec, je n’ai pas plus envie de le branler que de titiller mon clitoris. On verra plus tard.

Un nouveau baiser, plus appuyé que le premier, redonna vie à Francis. Il cligna des yeux, s’étira et grommela quelque chose que Magalie accepta comme un bonjour.

– Monsieur semble avoir des réveils difficiles ! Il est en tout cas nettement moins alerte que son instrument de travail, fit-elle ironiquement, avant de gratifier la verge tendue d’une très légère chiquenaude.

– Désolé ma chère, je colle de très près aux désirs, mêmes inconscients, de mon instrument et je vais te le prouver sur le champ, claironna le garçon.

Et d’un mouvement rapide il roula sur la jeune femme qui n’eut pas le temps de se protéger et se retrouva écartelée, Francis pesant sur elle de tout son poids.

– Tu ne vas pas me prendre comme ça ! Je suis toute sèche !

– Il fallait y penser avant de provoquer le mâle en rut ! Tu n’auras droit aux petits croissants qu’après avoir sacrifié à la bête !

Sans plus attendre, il souleva son bassin et d’une main experte plaça le nez de sa verge au contact de l’intimité prétendument réfractaire. Cette rencontre déclencha chez Magalie un frisson de crainte, son amant ayant manifestement décidé de la forcer sans l’avoir préparée à le recevoir. Elle se crispa légèrement, souffle bloqué. Il la força effectivement, mais avec infiniment de tendresse ayant, avec deux doigts, écarté les grandes lèvres pour permettre au gland, encore recouvert de son bonnet, de se frayer un premier chemin dans le fourreau d’amour. D’une lente poussée il progressa ensuite en glissant d’abord hors du prépuce avant de poursuivre délicatement dans la voie étroite, mais désormais accessible. Lorsque, planté jusqu’à la garde dans cet écrin de volupté jusque-là rebelle, il sentit le corps de Magalie se détendre, il commença à manœuvrer. Il se retira, reprit possession, ressortit, s’implanta à nouveau, s’attarda, forçant lentement mais sûrement la montée du désir, de l’adhésion et enfin de la demande.

– Maintenant ! Quémanda la jeune femme.

Et dans le même temps elle plaqua ses mains sur les fesses du jeune homme, y planta ses ongles et, à chaque poussée, accompagna la possession comme pour forcer le dard à s’introduire plus profondément dans son ventre devenu avide de cette chair gonflée de sève virginale qui le fouillait.

Elle sentit que son cavalier libérait sa semence lorsque les chocs sur son pubis devinrent irréguliers, heurtés, accompagnés de sons rauques s’échappant de la gorge du garçon. Alors elle se jeta plus violemment au devant du sexe qui l’inondait de sa vie et, rapidement, se laissa à son tour emporter dans les ivresses d’une volupté matinale encore inconnue d’elle.

– Je vais aimer cette façon d’entamer la journée, fit-elle au bout d’un moment, même si j’ai d’abord eu un peu peur d’avoir mal.

– Tu n’as jamais eu l’occasion de t’ouvrir l’appétit de cette façon ?

– Non. Je n’ai jamais pu dormir dans les bras de Jérôme, surtout à cause de ma mère, car je crois que mon père, lui, aurait été plus accommodant. Je vivais sous le toit familial et par conséquent je me devais de respecter les principes de sa trop respectable épouse.

– Ton père n’a pas dû rigoler tous les jours avec une femme pareille !

– Tu peux le dire ! Heureusement ils sortaient de temps en temps et je suis à peu près certaine que mon père profitait du relâchement provoqué par l’abus d’aliments et de boissons, que cela occasionnait, pour la sauter en rentrant de ces sorties. Le reste du temps…

– C’est peut-être une occasion de ce genre qui fait que tu es là, pour le bonheur de mes yeux, de mes mains et de mon sexe, que tu obsèdes ! Vois par toi-même !

– Pas question de remettre ça tout de suite ! Je vais faire ma toilette et ensuite je vais me jeter sur ces petits croissants dont tu parlais tout à l’heure, accompagnés d’un saladier de café au lait. Et pas question non plus que tu viennes avec moi sous la douche ! Débrouille-toi avec ton engin ! Jusqu’à ce que j’aie l’estomac plein, en tout cas. Et ne me regarde pas comme ça quand je marche, tu ressembles à un hibou fasciné par la pleine lune.

– Comme cela est bien dit ! Je suis fasciné par la pleine lune. Mais celle-là j’ai la possibilité de la regarder de très près et compte sur moi pour en user maintenant que tu as attiré mon attention sur ses charmes.

– Cochon !

– Oh oui !

Dès que Magalie fut sous la douche, Cromec se manifesta :

– J’avais raison, hein ?

– Je ne comprends pas !

– J’avais dit dommage, en pensant à ce dard dont tu ne voulais pas profiter sous prétexte que tu ne mouillais pas. Avoue que nous n’avons eu qu’à nous réjouir d’avoir été forcés. Comme ça aussi c’était bon et instructif. J’ai aimé. D’ailleurs j’aime tout de ce que vous faites avec ces attributs dont nous autres, êtres fait d’énergie, sommes privés. Comme je ne peux que le répéter avec désespoir. Il ne m’a fallu qu’une nuit pour me rendre compte, que le cul, finalement et pour employer une terminologie qui vous est familière, il n’y a que ça de vrai.

– Tu ne devrais pas t’impliquer autant, tu risques de souffrir en me quittant.

– Je souffre déjà rien que d’y penser ! Mais je suis en train d’imaginer une solution.

– Je peux savoir ?

– Bien sûr ! Si je pouvais trouver quelqu’un pour m’abriter longtemps, sinon définitivement, par exemple. Tu ne serais pas intéressée, personnellement ?

– Pas du tout ! Je t’ai dit dès le départ que je n’aimais pas être surveillée.

– Je pourrais peut-être m’introduire clandestinement dans un corps. À toi j’ai fait part de ma présence, mais rien ne m’y oblige, en fin de compte.

– C’est vrai. Déniche-toi une nymphomane.

– Qu’est-ce que c’est qu’une nymphomane ?                

– Une femme qui n’en a jamais assez de se faire mettre et qui cavale de mec en mec lorsque le sien, si elle en a un, n’est pas en mesure d’assumer son besoin irrépressible de baise. Le Littré défini ce besoin comme étant de la fureur utérine. Mais tu pourrais peut-être aussi envisager d’investir une putain ou une actrice de porno.

– C’est à étudier, mais je ne crois pas que ces deux derniers exemples fassent l’affaire. Je veux de l’amour avec des sentiments et ce n’est pas avec ces femmes que je le trouverai. Je te laisse vivre ta vie le temps de fouiller tes archives cérébrales sur le sujet. De toute façon il ne va rien se passer d’utile dans l’heure qui suit. Le café au lait avec croissants ce n’est pas mon truc.

– Salut et bonnes recherches.

Vingt minutes plus tard, toilettés, assagis, les amants s’installèrent face-à-face à la table de restaurant et c’est une vieille dame sautillante et réjouie qui leur servit le copieux petit déjeuner dont ils avaient besoin pour reprendre des forces. Elle n’avait fait qu’un commentaire en les accueillant :

– Vous m’avez rendue heureuse, mes chers enfants. Grâce à vous j’ai pu revivre un peu de ma jeunesse et ce bonheur-là n’a pas de prix. Dites-moi seulement, puisqu’il n’est plus question de prendre ce train un peu trop matinal, si vous gardez vos chambres ? Ou au moins l’une des deux ?

Magalie s’apprêtait à répondre par l’affirmative lorsque Francis intervint :

– Nous avons d’autres projets, chère madame, cependant je crois que nous ne pourrons jamais oublier que c’est chez vous que nous nous sommes… découverts !

Tout en humant avec délice la vapeur de son café au lait brûlant et en tartinant avec de la confiture de fraises le croissant qu’elle avait ouvert en deux, Magalie questionna son galant avec un regard gourmand :

– Si tu me disais quels sont les projets que nous avons fait en commun ? Je n’ai pas songé à inclure une robe du soir dans ma petite valise. Mes bagages voyagent seuls et me rejoindront à Marseille.

– Te prendre en robe du soir ne m’aurait pas déplu, mais je t’apprécie encore plus avec juste cette toison auburn qui masque si peu l’entrée de la caverne des délices dans laquelle j’aime à m’engloutir ! Et c’est le seul vêtement dont tu auras besoin là où je t’emmène.

– Tu as une garçonnière dans le coin ? Un endroit où tu te réfugies avec tes nombreuses conquêtes ?

– Rien de tel, sinon je ne coucherais pas à l’hôtel et contrairement à ce que tes paroles sous-entendent, je ne suis pas un tombeur. J’ai juste une relation amoureuse assez régulière et qui suffit en général à ma libido. Ce qui m’arrive avec toi est vraiment tout à fait exceptionnel.

– Il est vrai que je ne sais rien de toi, le goût de ta peau et la vigueur de ton sexe mis à part.

– Et mon prénom.

– Et ton prénom, appris alors que nous nous étions déjà livrés à un corps-à-corps explosif, exceptionnellement intense je pense, entre deux inconnus, et que tu étais toujours et très solidement planté dans mon ventre. Je vais le savourer souvent dans mes rêves, ce moment-là ! Cela dit, où m’emmènes-tu ?

– Tout au sud de la Vendée. Ma famille y possède une petite maison de vacances, à proximité de la plage, et que nous partageons au grès des besoins. En cette saison et en semaine il n’y aura que nous deux, sans robe du soir ni smoking. D’accord ?

– Passionnément ! Avec seulement nos toisons pubiennes comme vêtements. Quand partons-nous ?

– Dès que nous aurons dévoré tous les croissants !

– Tu couches souvent dans cet hôtel ?

– Assez fréquemment, oui. Il se situe à peu près au centre de mon secteur de prospection. Tu ne le sais pas encore, mais je suis délégué médical et d’ici je peux rayonner. Pourquoi cette question ?

– Tu ne vas pas te sentir gêné après l’exhibition sonore à laquelle nous nous sommes livrés cette nuit ?

– Un client reste un client et ces braves gens en ont certainement vu et entendu d’autres. Sans compter que cette fois l’hôtelière a tout fait pour nous réunir et s’économiser la remise en état d’une chambre. De plus ils m’aiment bien et de mon côté j’apprécie leur gentillesse. Je ne changerai rien à mes habitudes. Pour toi la question ne se posera pas. Si tu reviens dans cette ville tu seras hébergée par tes parents, avec ou sans Jérôme. Si nous passions à la suite du programme ?

– Juste une dernière précision et je me livre pieds et poings liés. Je dois être à Marseille demain en fin d’après-midi et je n’ai aucune idée de la marche à suivre si je ne pars pas d’ici.

– Nous allons regarder les horaires et demain matin je t’emmènerai en voiture quelque part sur la ligne directe. Comme ça tu n’auras pas à attendre ta correspondance. Le résultat sera le même pour toi et moi je t’aurais gardée un peu plus longtemps.

– Ne fais pas cette tête ! Nous aurions pu ne jamais nous revoir et en quarante-huit heures nous aurons vécu ce que d’autres ne connaissent parfois pas de toute leur existence. Pour ce qui me concerne je sais déjà que mon corps ne pourra jamais oublier le tien.

– Savoir que tu vas m’abandonner sur un quai de gare pour te réfugier dans les bras d’un autre me laisse tout de même un goût amer dans la bouche.

– Je refuse de donner déjà dans les regrets !

– Je vais te faire une proposition et ensuite j’essayerai de ne plus revenir sur le sujet. Je sais que tu aimes Jérôme, que tu envisages de vivre à ses côtés le reste de ton existence et que j’ai eu une chance unique d’avoir pu te garder vingt-quatre heures de plus pour moi. Mais rien ne dit que vous vous accorderez comme tu l’espères. À l’usage il peut se révéler un amoureux médiocre.

– Dans ce cas je ne resterai pas avec lui, je lai déjà dit. Je l’avais décidé avant d’entreprendre cette expérience de vie commune. Cependant les choses ont été très fortes entre Jérôme et moi dès le commencement, malgré les limites qui nous étaient imposées. Nos corps se comprennent parfaitement et nous nous aimons. Le besoin que nous avons l’un de l’autre n’est pas seulement physique, même si je tiens à ce que le sexe participe puissamment.

– J’ai compris tout ça. Mais sait-on jamais ce qui peut découler de la durée ! Ce que je veux te dire, c’est que je serai là à t’attendre si tu décides de ne pas rester avec lui. Pour nous deux, actuellement, tout est, semble-t-il, purement physique, mais c’est si intense, si exceptionnel, que le cœur ne peut pas ne pas s’engager à son tour et transformer, si nous le lui demandons, cet attrait physique en amour véritable. Voilà, j’ai fini.

– Si nous avions permis à nos corps de décider le soir de ce bal, alors que je ne connaissais pas encore Jérôme, peut-être que…

– J’ai dit ce que j’avais à dire ! Maintenant profitons du présent et soyons plus terre-à-terre. Il faut penser à la nourriture et prévoir deux repas et un petit déjeuner. Dans notre maison de vacances chacun est supposé apporter sa bouffe et il serait temps de partir si nous voulons prendre un bain de mer avant le déjeuner.

Une demi-heure plus tard ils prenaient enfin la route après avoir embrassé l’hôtelière déçue de les voir partir, mais heureuse que ce soit ensemble. Pour quitter la ville Magalie appuya sa tête sur l’épaule de Francis et, les yeux dans le vague, elle laissa très vite divaguer son imagination sur la véritable déclaration d’amour qui avait conclu le petit déjeuner.

Elle était heureuse, détendue. Elle se sentait désirée et libre de répondre à ce désir et tout était bien. Elle retira ses chaussures et, lentement, laissa son corps se tasser au fond de son siège, les genoux relevés et appuyés sur le tableau de bord. Le vent, qui s’engouffrait par les fenêtres ouvertes, fit glisser le léger tissu de sa robe, dévoilant ces trésors qu’un slip arachnéen n’était pas vraiment en mesure de cacher. Attirée irrésistiblement par cette offrande, la main droite du jeune homme quitta le volant et alla s’égarer entre les cuisses qui s’ouvrirent amplement à la caresse tandis que Magalie se laissait dériver dans un rêve béat.

Elle s’abandonna totalement, écartelée, immobile, les yeux clos, insensible au monde extérieur qui défilait le long du véhicule, la bouche entrouverte sur un sourire ravi et les mains plaquées sur ses seins. Chaque fois que les difficultés de la route obligeaient Francis à récupérer sa main, elle attendait sans hâte que le contact soit à nouveau établi. Ces attouchements irréguliers, ces interruptions mêmes, lui étaient doux. Pas un instant elle n’ouvrit les yeux sur le paysage. Sa vie était polarisée sur les allées et venues de la main aimée. Son décor était rose lorsque cette main glissait sur la peau tendre de ses cuisses avant de se poser sur le fragile tissu sans essayer de pousser plus loin son avantage. Il devenait bleu lorsque la main s’éloignait et que le bonheur résidait dans l’attente. Cromec, comme son hôtesse, s’était laissé emporter par ce monde irréel à mi-chemin de l’inconscience.

– Je ne sais plus si je suis Cromec ou Magalie ou la main qui nous caresse ! Qu’importe d’ailleurs ! Je suis plaisir et c’est tout ce qui compte. Surtout n’ouvre pas les yeux et laisse ce bonheur simple nous investir totalement.

– Je voudrais que cela dure indéfiniment ! Je suis comme ivre d’amour. Ma vie est concentrée entre mes cuisses et je m’offre à ces attouchements sans aucun désir de retenue.

– Inutile de me faire un dessin !

Plus tard, alors que Magalie et Cromec étaient toujours plongés dans le mirage orchestré par la main de Francis, l’être d’énergie se manifesta à nouveau :

– Tu ne trouves pas que le vent est plus frais depuis quelques minutes ?

– Si. Je pense que nous approchons de l’eau, mais je suis trop bien dans mon rêve pour vouloir en sortir. L’écoulement du temps m’échappe totalement et je verrai à émerger lorsque Francis en donnera le signal.

Ils roulèrent encore un bon moment avant que le jeune homme, qui était demeuré silencieux pendant tout le parcours pour permettre à sa maîtresse de rester plongée dans son rêve érotique, ne finisse par arrêter le véhicule et prendre la parole :

– Nous y sommes, chérie, et je peux te dire qu’il est plus que temps ! Dix minutes de plus et j’arrêtais la voiture pour te violer au bord de la route ! J’ai le sang qui bouillonne. Pas toi ?

– Pas moi. Tu me sors d’un océan de délices qui suffisait à mes sens. Je n’ai jamais touché à la drogue, mais chaque fois que ta main se posait sur ma chatte, elle m’insufflait quelque chose qui doit y ressembler et qui m’expédiait dans un ailleurs où le corps et l’esprit ne font plus qu’un dans le plaisir. Je ne sais combien de temps nous avons roulé et je m’en fiche. Je ne l’ai pas vu passer. Ta main entre mes cuisses annihilait les minutes ou les heures et tu peux me croire, le paradis n’est rien à côté de ce que j’ai vécu !

– J’en suis ravi pour toi ! Ce n’est pas mon cas et je vais rapidement avoir besoin d’une sérieuse compensation !

– C’est si grave ?

– Regarde.

Magalie regarda. Le sexe faisait une boule qui gonflait le pantalon juste sous le volant. Elle y plaqua la main.

– Reste tranquille ! C’est assez douloureux et il est tout près de cracher dans mon slip ! Je range la voiture et tu pourras t’occuper de lui.

– Tout de suite si tu veux, fit-elle en commençant à approcher son visage.

– Non, pas avec ta bouche, il y a une heure qu’il s’active en imagination dans ton vagin !

– Tu sais ce que tu perds !

– Bien sûr, mais je vais faire avec.

La jeune femme retira sa main et son regard se porta sur la maison tandis que Francis effectuait une dernière manœuvre pour avancer le véhicule jusqu’au portail d’entrée en fer forgé.

Située à une centaine de mètres de la route et accessible par le chemin empierré qu’ils venaient d’emprunter, la résidence d’été avait un air serein sous le soleil. Ses murs, badigeonnés de blanc sali par les embruns, soulignaient le brun passablement délavé des volets clos et le gris des vieilles pierres. Une verdure grimpante, un peu trop dense, encadrait la porte d’entrée située en façade sur le côté opposé à la mer. À première vue, l’étage grenier devait être composé de chambres nécessairement mansardées sous une toiture à deux pans dont certaines tuiles, plus claires, avaient été remplacées récemment. La partie visible de la propriété était entourée, en u, d’une haie de troènes dans laquelle se querellaient des oiseaux invisibles et le terrain, dégagé vers l’océan, mais séparé de la plage par une clôture discrète, était semé d’un gazon en attente manifeste de tonte. Les maisons voisines, de part et d’autre, se trouvaient à une cinquantaine de mètres. Leurs volets étaient également clos.

Après avoir vérifié qu’il n’y avait personne dans les environs, Francis sortit de la voiture pour ouvrir la grille, gêné malgré tout et incapable de se redresser du fait de la tension exercée par le dard à l’étroit et plié dans le slip.

– Il est marrant avec cette boursouflure dans son pantalon !

– Il n’en a plus pour très longtemps.

– Pourquoi ça ? D’après l’expérience que j’en ai maintenant, il ne perd de sa raideur qu’après avoir déversé sa semence !

– Pas du tout, et c’est heureux ! Son sperme, il va le garder en réserve jusqu’à la prochaine sollicitation et, en attendant, il va se détendre, le cerveau de Francis n’étant plus axé sur l’invasion de mon vagin, mais sur l’ouverture du portail. Et il y a aussi la gêne de la situation. Tu en constateras les effets dès qu’il va se retourner. Tiens ! Qu’est-ce que je disais !

– Je vois. La verge s’est ramollie dans le slip, mais le bonhomme, lui, est toujours gêné et plié en deux. Tu vas le reprendre en main ?

– Plus tard, Cromec, lorsque je pourrai en profiter.

– Je te laisse.

Réinstallé au volant, Francis fit passer la grille au véhicule, en redescendit pour fermer, remonta, se gara sur le côté droit de la maison. Puis il sortit de la voiture, ôta ses chaussures et son pantalon, contourna le véhicule, ouvrit la portière droite, saisit la main de Magalie et, tout en déboutonnant sa chemise de son autre main, l’entraîna en courant vers les dunettes qui leur barraient l’horizon. Après avoir passé la clôture, qui marquait la limite du gazon, et lorsqu’ils arrivèrent au sommet de la première colline de sable, l’océan leur sauta au visage, mais Francis ne s’arrêta pas pour autant. Il dévala la pente sans lâcher la jeune femme qui avait quelques difficultés à le suivre. Trois ou quatre mouettes s’enfuirent en protestant vigoureusement. Arrivé au bas de la déclivité, une autre remontée de sable leur masqua l’océan, formant avec la première un abri sûr contre les regards. Alors il libéra enfin la main de Magalie et, avec des mouvements pressés, retira sa chemise puis son slip. Nu, il se tourna vers la fille qui en était encore à chercher son équilibre, l’attira à lui, attrapa le bas de sa robe et la lui passa par-dessus la tête. Puis il tomba à genoux, crocheta le fin tissu de sa culotte et fit glisser la dérisoire protection sur ses chevilles. Alors seulement, en enfouissant son visage dans l’accueillante toison, il s’immobilisa et retrouva un semblant de calme.

Magalie ne fit aucun mouvement, se contentant de poser ses mains sur la tête de Francis. Elle attendait. Elle savait qu’entre les cuisses de l’homme, un pénis avait retrouvé une rigidité momentanément perdue et que bientôt, ce phallus durci, les unirait à nouveau.

– Ton ventre sent l’amour, marmonna le jeune homme, la bouche plaquée dans l’entrejambe, les lèvres blotties dans la douce fourrure.

– Il dit son envie de toi qui l’a accompagnée tout au long de la route, répondit Magalie. Embrasse-le.

Francis ne se fit pas prier, ses paumes plaquées sur les fesses rondes, il couvrit le triangle ensorceleur de longs baisers avant de le mordiller doucement. Il ne voyait pas le visage de sa belle, mais il savait qu’elle avait fermé les yeux et qu’elle respirait avec de plus en plus de précipitation. Sous sa bouche le ventre frémit, se porta en avant. La pression exercée sur sa tête se fit plus forte et afin d’amener Magalie à s’ouvrir, il utilisa ses pouces insérés entre les cuisses. Il écarta délicatement les chairs et glissa sa langue à la rencontre des lèvres d’amour.

Brutalement la jeune femme le repoussa. Il tomba sur le dos et elle s’affala sur lui, les chevilles empêtrées dans sa petite culotte. Il l’enveloppa de ses bras et ils roulèrent un moment dans le sable, se chevauchant à tour de rôle sans s’unir. Le sable collait à leurs peaux devenues moites de chaleur et de désir, mais ils n’en avaient cure. Lorsque Magalie, toujours les chevilles empêtrées dans son string et les genoux maintenant posés de part et d’autre des hanches de Francis, se saisit enfin de la virilité de son amant pour lui signifier qu’il était temps d’abandonner les préliminaires, celui-ci cessa toute résistance et sans attendre elle se laissa tomber sur le sexe qu’elle avait pointé dans sa vulve et qu’elle engloutit avec une violence avide qui arracha un petit cri au garçon.