Découverte

Magalie et Cromec

Chapitre 4

Allongés, épaule contre épaule, les amants laissèrent un semblant d’accalmie prendre le pas sur le déchaînement qui avait submergé les sens de Magalie. Le souffle court et la chair toujours palpitante, elle sentait son cœur cogner dans sa poitrine avec une violence presque douloureuse, mais sa main ne lâchait pas pour autant son emprise sur la verge gonflée de sève inutilisée.

– Je profite de ce court répit. Une fois de plus je ne sais pas comment exprimer ce que je ressens, murmura Cromec, tout aussi éprouvé que son hôtesse. Comme je te le disais je me suis entendu crier avec toi lorsque nous avons joui !

– C’était extraordinaire !

– C’est tout ?

– Non, mais je n’ai pas les mots pour dire ce que j’éprouve.

– Pour moi, tu n’as pas du tout besoin de chercher. J’ai vécu la chose en direct. Pourquoi est-ce que tu ne lâches pas ce morceau de chair qui te brûle la main ?

– Parce que lui n’a pas eu…

– C’est bon, j’ai compris. J’avais des difficultés pour lire dans tes neurones encore quelque peu embrumés. C’est son tour maintenant et ça entre dans le cadre de ce que tu oses désormais envisager ?

– Tu ne sens pas la vie qui bouillonne dans ce morceau de chair, comme tu dis, et que je sens sur le point d’exploser ? Francis n’a pensé qu’à mon seul plaisir et c’est à moi maintenant de lui en donner en retour. Si je l’accueillais en moi il se libérerait en un instant trop bref qui ne ferait que le soulager, sans plus. Je voudrais qu’il éprouve quelque chose de sublime comme ce que j’ai connu par sa bouche.

Le garçon, qui ne percevait évidemment rien du dialogue qui se déroulait entre sa maîtresse et Cromec, se tenait totalement immobile, tous ses sens à l’écoute du sang qui battait violemment dans son sexe enchaîné par la petite main qui le pressait vigoureusement et qui ne semblait pas vouloir lui rendre sa liberté.>

Sans desserrer son étreinte Magalie se pencha sur la poitrine de Francis et y posa ses lèvres encore brûlantes. Lentement, de baiser en baiser, elle descendit vers le ventre sur lequel elle s’attarda. Dans sa main, à quelques centimètres de son visage, le sexe mâle sembla se rebeller soudain, se projetant d’avant en arrière dans un mouvement involontaire qu’elle ne chercha pas à arrêter. Elle était heureuse de palper le désir brut qui se cabrait contre l’étreinte et qu’elle sentait battre dans sa paume, prêt à jaillir et qu’elle aurait aimé sentir se vider au fond de son ventre. Mais le moment n’était pas à sa propre satisfaction. Elle allait boire cette vie et jeter ce corps d’homme dans des délices de volupté semblables à ceux dont elle parvenait difficilement à s’extraire.

Elle immobilisa la verge et avança sa langue vers le gland dénudé. Elle en introduisit l’extrémité dans le méat comme pour tenter de pénétrer dans le fin canal par lequel jaillissait la vie. Ce geste déclencha une brutale poussée qui fit que le sexe, gonflé de désir, échappa à la main qui l’emprisonnait et entra entièrement dans la bouche comme il l’aurait fait dans un vagin hospitalier, prêt à cracher la semence dont il regorgeait. Magalie recula aussitôt la tête, ne gardant dans sa bouche que le gland qu’elle enserra de ses lèvres. De sa main libérée, elle cueillit les testicules et entreprit de les masser délicatement tandis que sa langue s’enroulait amoureusement autour de la tête du pénis et le léchait en écartant au passage les lèvres du méat. Des sons rauques commencèrent à emplir la chambre au rythme des mouvements de la langue. Rapidement ils prirent de l’ampleur, accompagnés de coups de boutoirs de plus en plus incontrôlés.

La jeune femme reconnut dans ces manifestations involontaires et violentes la montée irrésistible du plaisir telle qu’elle l’avait elle-même connue peu auparavant. Ses doigts caressant toujours les bourses, elle fit alors de sa cavité buccale un vagin accueillant et humide. Par un va-et-vient lent et appuyé, les lèvres enserrant le phallus palpitant, elle le massa de la tête à la racine, l’acceptant jusque dans sa gorge. Incapable de résister plus longtemps, Francis saisit soudain la tête de sa maîtresse à deux mains et accéléra le mouvement, ponctué par des râles qui culminèrent lorsqu’il libéra enfin sa semence. Tout son être fut alors secoué de tremblements, tandis que son ventre était projeté en avant à chaque ruée du sperme au fond de la gorge bienfaitrice.

Magalie ne libéra sa proie que lorsqu’elle la sentit fondre dans sa bouche, la laissant alors reposer sur le ventre toujours agité au rythme du souffle désordonné de l’homme. Elle s’allongea sur le dos et le silence se fit progressivement dans la chambre.

– Il a le cœur solide, ton bonhomme ! Tu parles d’un festival !

– Je crois qu’il a aimé.

– Aucun doute possible et je regrette de n’avoir pas pu en profiter en étant dans son corps. Je crois qu’il commence à récupérer. Il ne dit toujours rien, mais il te regarde et ses yeux parlent, eux.

En effet, Francis avait tourné la tête vers Magalie et ses yeux lui en disaient plus que ne pourrait le faire le plus long discours. C’est la jeune femme qui rompit le silence avec, malgré son intime conviction, un semblant d’anxiété dans la voix :

– Tu as aimé ?

– Infiniment plus que tu ne peux l’imaginer, finit-il par murmurer après s’être contenté de hocher un moment la tête. J’ai du mal à reprendre mon souffle. Je vais me répéter, mais je crois que je n’ai jamais rien ressenti d’aussi intense. J’ai failli dire d’aussi douloureusement intense !

– Alors tu n’as pas vraiment aimé, si ça a été douloureux !

– J’ai si peu aimé que je ne demande qu’à te laisser recommencer souvent !

– Mon chéri, c’est magique de pouvoir donner du plaisir de cette façon ! Je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait être. Ton sexe, je le sentais vivre dans ma main puis dans ma bouche, je percevais chacune de ses pulsations, sa chaleur, la force de son désir et je ne voulais rien d’autre que sa satisfaction, son bonheur, puisque le tien te viendrait de lui. C’était sublime !

– Plus sublime que mon sexe dans ton sexe ?

– C’est tout autre chose. Quand tu me possèdes, je sens ta verge, sa puissance et son action pour me faire grimper aux rideaux alors que je n’attends que ça et que je participe activement et avidement à son accueil, évidemment, mais je ne sens pas de la même façon sa vie, sa chaleur, son autonomie. Dans ma bouche, elle semble avoir une existence propre avec laquelle j’entre en communication et sur qui j’ai du pouvoir, de l’influence, du sentiment. Avec elle dans cette situation, c’est moi qui te possède et c’est fabuleux.

– Je peux te garantir que je ressens sans restriction aucune tout ce qu’elle aime, que ce soit dans ton ventre ou dans ta bouche.

– J’ai vu et aussi entendu. Tu n’es pas non plus très discret lorsque tu jouis.

– C’est que tu possèdes vraiment un pouvoir sur moi qui ne m’accorde aucun libre arbitre. Je m’entendais gémir mais j’étais incapable de retenir mes cris. Tu dois vraiment prendre le train demain matin ?

– Jérôme sait que je vais le rejoindre.

– Je ne veux pas que tu partes si vite ! J’ai encore besoin de toi, du contact de ta chair, de ta bouche sur ma peau, de la fusion de nos corps ! Téléphone à ce type pour retarder ton départ. Trouve un prétexte

– Je l’aime !

– Je sais, je sais, mais tu ne peux pas ne pas aller au bout de ce parcours, quasi initiatique, sans risquer de garder au fond de toi une impression d’inachevé. Si tu ne veux pas que l’on se retrouve tous les deux avec des regrets, tu dois retarder ton départ.

– Une impression d’inachevé ! Prétentieux !

– Même pas. Je serais prétentieux si je me targuais d’être pour toi un initiateur, juste un bon coup sur l’avancement de ton chemin dans la vie, alors que je ne fais que découvrir en même temps que toi les effets de cette force irrésistible et exceptionnelle qui opère sur nous.

– Nous savons qu’il a raison, intervient Cromec.

– Évidemment qu’il a raison ! Mais se faire désirer fait aussi partie du plaisir que nous autres faibles femmes aimons à exploiter chez nos mâles et qu’apparemment tu ne perçois pas, bien que tu dises occuper mon cerveau.

– Quelque chose d’autre que le cerveau doit régir certaines fonctions subtiles de la femelle humaine en rut. Ne le fait pas trop languir et pense à moi. Je suis là pour expérimenter et la perspective de passer encore une journée dans les bras de ce garçon me paraît tout à fait intéressante. D’autant plus que tu n’es pas aussi pressée que tu t’ingénies à le lui faire croire.

– Il ne va pas se sauver. Tu n’as pas remarqué qu’il y a chez lui quelque chose qui le fait nous ressembler ?

– Nous ressembler ? À toi et à moi ? Je t’écoute.

– D’une certaine manière, Francis et moi, nous sommes aussi en parfaite symbiose. Pendant l’amour, nos corps ne fondent en un être parfait.

– Ce n’est qu’un attrait magnétique, pas une réalité quasi physique, comme pour nous.

Qu’est ce que tu as de physique en ce moment ?

– Je crois que je ressens les manifestations de vos liens sexuels aussi physiquement que toi.

Pendant que Magalie s’entretenait ainsi en privé avec Cromec, Francis ne l’avait pas quittée du regard et depuis quelques instants il sentait qu’elle ne l’écoutait plus. Il en éprouvait de l’inquiétude. Était-elle en train de penser à Jérôme ? Se voyait-elle dans ses bras ? Rêvait-elle de le rejoindre le plus vite possible ?

– Est-ce que tu entends ce que je dis ? protesta-t-il.

– Je t’entends, répondit-elle en reprenant pied dans la réalité.

– Ce n’était pas l’impression que tu donnais !

– Les apparences. En réalité je me délectais de ta voix et de ce que ta demande exprimait de désir de me posséder encore.

– Tu te délectais de m’entendre te supplier ?

– Non, mais de l’écho provoqué par tes paroles sur toutes les cellules de mon corps. Même les mots que tu prononces ont le pouvoir de m’exciter, de m’allumer. En t’écoutant me demander de ne pas partir demain matin, je t’entendais me hurler ton désir et j’avais encore plus envie de toi.

– Mais à la fin de cette nuit tu vas tout de même me quitter ?

– Je n’ai pas dit ça.

– Alors tu restes ?

– Je n’ai pas dit ça non plus, mais c’est pourtant ce que je vais faire.

– Merveilleux ! Tu as une idée de ce que tu vas utiliser comme prétexte ?

– Je ne vais même pas téléphoner car Jérôme ne m’attend que vendredi soir, à la fin de sa semaine de travail. En fait, je ne voulais pas passer encore une journée à écouter les jérémiades de mes parents sur l’indécence de me livrer corps et âme à un homme, fut-il mon amoureux. Alors je comptais lui faire la surprise de le cueillir avec un jour d’avance. D’où mon départ ce mercredi.

– Le cueillir ! Le mot est plutôt suggestif.

– Et rempli de perspectives alléchantes, tout compte fait.

Ce mot, involontaire, mais imagé, fit que Magalie s’évada à nouveau du présent, l’œil dans le vague, s’attirant une intervention de Cromec :

– Tu as vu, son machin est tout flasque !

– De quoi tu parles ? fit la jeune femme, ramenée dans la chambre.

– De son sexe. Tu viens juste de le regarder.

– Je n’ai rien regardé ! Je rêvais.<

– Alors regarde. Il est tout petit, recroquevillé. Le pouvoir de transformation de ce morceau de chair est incroyable !

– Cela aussi fait son charme. Petit, mou, discret, lorsqu’on n’en a pas besoin et gonflé, tendu, provocateur, quand vient le moment de servir ou quand il exprime son désir. Le voir s’épanouir ou seulement l’imaginer nous met le feu au corps, à nous autres femmes. J’ai bien envie de le ranimer sans plus attendre histoire de lui montrer pourquoi j’ai aussi envie de rester un peu plus.

– Chiche, et sois inventive.

Prenant son envahisseur au mot, Magalie tendit le bras et plaqua une main possessive et enveloppante sur la verge endormie. Elle ajusta sa prise et y engloba les testicules qu’elle cajola du bout des doigts.

– Tu crois qu’il a récupéré ? demanda-t-elle à Francis. Je peux le réutiliser ?

– Tu as tous les droits et je suis sûr qu’il n’attendait que ça, s’interposa à nouveau Cromec sans attendre la réponse de l’homme. Au repos, mais toujours prêt à rebondir. La douce chaleur qui émane de ta main est un avant-goût de celle qu’il sait d’instinct pouvoir retrouver entre tes cuisses.

– Je le sens qui s’allonge. Ma main n’y suffit plus. Maintenant il grossit. Il durcit. Il est de nouveau vivant, comme je l’aime. Il est chaud, délicieusement palpitant.

– Et toi tu mouilles, confirma Cromec.

– Et moi je mouille, évidemment. Idiot ! Oublie-moi !

Francis, toujours étranger au bref dialogue entre sa maîtresse et l’individu qui squatte son corps, en était aux appréciations sur sa virilité retrouvée. À son tour il glissa une main dans l’entrejambe de Magalie qui s’ouvrit pour se soumettre aux doigts explorateurs.

– Tu es déjà toute mouillée ! S’étonna-t-il.

– Alors n’attend plus !

D’un geste vif elle passa son bras sous les épaules de Francis et l’attira sur elle. De son autre main elle saisit le pénis, le dirigea vers son fourreau d’amour et l’absorba avant de refermer ses jambes sur les reins de son cavalier avec un soupir d’aise.

– À toi, maintenant. Fais-nous jouir. Tout doucement, avec tendresse, histoire de changer un peu.

Le corps collé à Magalie, Francis entama alors un lent mouvement de va-et-vient où seul se mouvait son bassin, s’enfonçant profondément dans le vagin, s’en extrayant presque pour se pousser à nouveau avec lenteur. Leurs corps, déjà gorgés de plaisir, atteignirent ensemble le point de non-retour et c’est, lèvres soudées, qu’ils se laissèrent emporter dans un maelström qui ne les rendit à la réalité qu’enfin épuisés.

– Je crois que je vais jeter l’éponge pour cette nuit, avoua Magalie lorsqu’elle fut en mesure d’émettre un son. Ce n’est pas ton pénis qui demande grâce, c’est ma chatte. Je vais prendre une douche et, pour quelques heures, me laver de cette odeur de sperme et de jouissance qui m’imprègne de la tête aux pieds.

– Une douche et une bonne dose de sommeil ne peuvent que nous redonner du tonus pour la fête de demain, puisque tu me restes.

Lavés, repus de sexe et de plaisir, ils s’endormirent étroitement enlacés, non sans que Magalie ait eu une rapide pensée pour Cromec qui ne daigna pas répondre. Dormait-il, lui aussi ?