Cromec

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Suite et fin Chapitre 12 Les surprises de Magalie

Dès la porte du studio refermée derrière eux, Jérôme se dirigea vers le minuscule cabinet de toilette de son studio et ouvrit le mélangeur de la douche. Magalie, qui avait suivi tout en passant sa robe par-dessus sa tête, entra directement sous le jet avant de faire glisser sur ses pieds son slip arachnéen et de le piétiner pour en expulser le sperme qui avait coulé pendant le trajet. En prenant soin de ne pas se mouiller les cheveux elle se savonna rapidement et minutieusement sous l’œil égrillard du garçon qui envisagea un moment de la rejoindre, mais qu’elle dissuada d’un geste. Jérôme eut cependant du mal à résister lorsque, genoux légèrement pliés et jambes largement écartées, elle offrit son sexe généreusement ouvert au jet d’eau tiède.

– C’est du sadisme ! Se plaignit le jeune homme.

– De la sagesse. Si je te laisse entrer sous la douche, mon estomac ne sera jamais satisfait et pour l’instant il est plus affamé que ma liline, même si ton empressement à vouloir aussi la gaver n’est pas fait pour lui déplaire. Je dirais même qu’elle va attendre son tour avec une bonne dose d’impatience. Je nous croyais épuisées, toutes les deux, et ce n’est que mon corps qui est fatigué, pas elle. Je suis certaine qu’elle lorgne la bosse de ton pantalon avec délectation. Donne-moi une serviette.

Jérôme s’empressa de lui tendre une sortie-de-bain dans laquelle elle s’enveloppa pour quitter la cabine afin de s’essuyer. Contrairement à ce qu’elle venait de déclarer, il n’y avait pas que son vagin à s’être ému de la bosse saillant dans le pantalon du garçon puisque ses seins, ces deux magnifiques pamplemousses à la chair délicatement dorée, étaient visiblement tendus et leurs pointes dilatées et durcies par le désir. Magalie tourna le dos pour en finir avec cette rapide toilette, mais sans parvenir à changer quelque chose à l’état du jeune homme que le côté pile de sa compagne passionnait au moins autant que le côté face.

Finalement c’est devant une bouillabaisse servie dans un petit restaurant à proximité de leur immeuble que Magalie mit un terme à sa fringale alimentaire. Jérôme l’accompagna sans complexe, se découvrant un sérieux besoin de remplir son estomac, exigence occultée par le besoin de mettre fin à une trop longue disette charnelle due à l’éloignement de l’aimée. Mais au dessert son appétit sexuel reprit l’avantage car, emportée par leur conversation et pour donner plus de poids à ses paroles, Magalie ne cessait de se pencher par-dessus la table qui les séparait. La légère robe au décolleté avantageux qu’elle avait dû retirer et remettre si souvent depuis son départ du domicile familial, s’ingéniait à livrer aux regards avides de son vis-à-vis une vue imprenable sur deux globes affolants qui firent peu à peu monter la tension masculine.

Impossible pour le garçon de les saisir à deux mains comme le lui dictait son instinct, alors il se déchaussa et c’est avec son pied nu qu’il entreprit de montrer sa convoitise. Il remonta le long des mollets, se glissa entre les genoux qui s’écartèrent juste assez pour lui livrer passage, se faufila entre les cuisses en les forçant à s’écarter un peu plus et posa son gros orteil sur les lèvres protégées par le mince tissu de la petite culotte. Délicatement, sans cesser d’avaler son dessert et en plongeant ses yeux dans ceux de la jeune femme, il commença à frotter de haut en bas, sans appuyer, juste pour une caresse légère, furtive. Très vite, le regard de Magalie se troubla. Elle cessa de manger et se tassa insensiblement sur sa chaise pour mieux ouvrir son entrejambe. Alors le gros orteil devint plus conquérant. Il se coula sous le tissu. La vulve était chaude, un peu humide. Elle était en attente, prête à se livrer. Il se glissa entre les lèvres.

– Arrête ! Supplia Magalie qui respirait avec difficulté et dont la poitrine se soulevait maintenant au rythme saccadé de ses halètements. Si tu me fais jouir, je vais hurler !

– J’arrête si tu promets…

– Tout ce que tu veux, mais pas ici ! Sors ce pouce de mon vagin, je ne vais plus pouvoir me retenir !

Jérôme reprit son gros orteil, se rechaussa, finit son désert, paya le serveur et les amants sortirent en essayant de ne pas montrer qu’ils avaient du mal à ne pas faire l’amour devant tous les clients attablés. Ils coururent jusqu’à leur immeuble, s’impatientèrent bruyamment en maudissant l’ascenseur qui tardait, ils s’y embrassèrent goulûment tout en se tripotant du rez-de-chaussée jusqu’à leur cinquième et se jetèrent sur la porte du studio que le garçon referma derrière eux d’un coup de talon.

Avec frénésie ils se débarrassèrent de leurs vêtements et se firent face, pénis et seins dardés. Ils s’immobilisèrent une fraction de seconde, le temps de se repaître de leur désir mutuel, puis se jetèrent l’un contre l’autre, férocement, voluptueusement. Jérôme souleva la jeune femme pour mettre sa bouche à hauteur de la sienne et referma ses bras sur elle en l’embrassant. Magalie, que l’excitation produite par le gros orteil conquérant n’avait pas quittée, leva les jambes et les replia dans le dos de son amant. D’une main décidée elle se saisit de la verge pour la positionner entre ses lèvres d’amour avant de l’engloutir d’un vigoureux coup de reins avec un frémissement de tout son corps. L’action de la jeune femme, quelque peu précipitée, déséquilibra le couple et Jérôme eut juste le temps de faire les pas nécessaires pour atteindre le lit sur lequel ils s’écroulèrent. La chute fut brutale. Le garçon s’écrasa sur Magalie qui ressentit comme un bonheur supplémentaire la pression qui incrustait dans sa chair la chair de l’homme qu’elle aimait. Elle perçut le heurt de leur pubis comme une aspiration à s’unir plus profondément encore et elle le fit savoir tandis que Jérôme, prenant appui sur ses avant-bras, jetait ses reins dans un va-et-vient effréné :

– Je t’aime dans mon ventre, mon chéri !

– J’aime m’y enfoncer, répondit-il, ses paroles hachées par la fougue imprimée aux allers-retours de son dard dans l’entrejambe insatiable.

Peu à peu les mots des amants devinrent balbutiements. Ils se perdirent dans les plaintes haletantes arrachées par les poussées vigoureuses qui ébranlaient tout le corps de la jeune femme. Elle se cabra soudain, secouée de tremblements, ses seins somptueux lancés dans une sarabande débridée sur sa poitrine tressautant au rythme de sa respiration hachée.

– Viens maintenant ! Viens vite ! Gémit-elle.

– Je viens, mon amour. Je vais exploser dans ton ventre !

Quelques instants plus tard Magalie se tétanisa, tendue en arc de cercle, la bouche grande ouverte sur son souffle bloqué, les yeux clos, tandis que Jérôme, dans une dernière poussée, libérait son sperme tout au fond du vagin en vagues puissantes qui le laissèrent pantelant, ancré à sa maîtresse dont il épousa le corps tendu.

Après un temps qui parut infini aux amoureux, la jeune femme expira bruyamment l’air contenu dans ses poumons et perdit de sa rigidité. Elle s’écroula, entraînant sur elle son amant haletant, la verge figée dans son vagin, sa peau soudée à la sienne par la transpiration. Elle ouvrit les yeux, enveloppa le jeune homme d’un regard passionné et jeta ses bras de part et d’autre en creusant son corps pour mieux laisser celui de Jérôme s’incruster dans le sien.

– Je suis morte, articula-t-elle avec encore des difficultés pour respirer. J’ai quitté un amoureux plutôt doué qui me faisait jouir et je me retrouve avec un cyclone entre les cuisses.

– Le cyclone, c’est toi qui le déchaînes désormais, ma chérie. Avant toi il n’existait pas. Jamais je ne me suis senti aussi vigoureux, aussi ardent. Ton corps est un brasier et plus je m’y plonge, plus j’ai envie de retourner dans sa fournaise.

– Je pourrais te renvoyer le compliment. Le pénis que tu plantes en moi est comme un brûlot. Il m’enflamme et je ne sais plus comment apaiser le feu qui me consume. Il n’y a que lorsque tu sors de mon ventre que je parviens à recouvrer un semblant de calme et encore, à condition de ne pas voir Albert prêt à me réinvestir. J’en suis à me demander si je n’ai pas quelques tendances à devenir nymphomane en te fréquentant.

– Si tu limites ta consommation sexuelle à ma personne et à notre ami Albert, je n’y vois aucun inconvénient, au contraire. J’ai tellement envie de toi que je voudrais ne plus jamais sortir d’entre tes cuisses.

– Je le sens bien ! Tu ne débandes même pas. Si tu ne finissais pas par me sembler un peu lourd je vous garderais volontiers…

– Si ce n’est que ça, je peux y remédier.

Joignant le geste à la parole Jérôme passa ses bras sous sa maîtresse et fit rouler leurs deux corps pour inverser les positions.

– Voilà. Maintenant tu n’as plus aucune raison valable pour vouloir te débarrasser de nous.

Le signal pour la joute suivante fut donné par l’apparition de contractions dans le vagin toujours investi par le pénis de Jérôme, quelque peu amolli, mais qui se réveilla au premier appel. Magalie profita du fait qu’elle était sur son homme pour prendre la position dominante et s’en servir pour conduire leur couple vers de nouvelles voluptés.

Ils ne dormirent guère cette nuit-là. Leur première nuit. La première durant laquelle ils pouvaient faire l’amour jusqu’à épuisement de leurs corps, puis s’endormir dans les bras l’un de l’autre et se réveiller côte à côte.

Le soleil était au zénith lorsque Jérôme émergea des brumes du sommeil, Albert fièrement dressé, prêt pour un assaut. Ils avaient rejeté le drap qui gisait au pied du lit. Le premier regard du garçon fut pour Magalie, allongée sur le dos, détendue, bouche entrouverte sur un vague sourire de bonheur, merveilleusement belle et attirante en diable. Le jeune homme ne put résister à l’appel de ce corps ensorceleur, mais endormi, et d’une main légère il frôla un sein, puis le second. La poitrine de Magalie se souleva au-devant de la caresse, les pointes se dressèrent, durcirent et le sourire s’accentua. La main du garçon quitta les mamelons pour glisser sur le ventre. Elle s’attarda quelques instants à jouer avec les fines bouclettes de la toison soyeuse qui ombrait le pubis avant de s’immiscer dans l’entrejambe légèrement humide d’une infime transpiration née de la nuit. Sans sortir de son sommeil la jeune femme s’entrouvrit. Elle livra passage à la main qui caressa tendrement la peau douce de l’intérieur des cuisses puis suivit d’un doigt l’ourlet délicat des grandes lèvres. Un premier soupir d’aise s’échappa de la gorge de Magalie qui tendit son ventre vers la caresse qu’inconsciemment elle exigeait plus précise et pour laquelle elle s’ouvrit encore un peu plus. Alors la main du garçon se posa sur la vulve et son index se fraya un passage entre les grandes lèvres. Sur le visage de la jeune femme le sourire s’épanouit. Sa respiration s’accéléra, gonflant sa poitrine au rythme du désir qui montait inéluctablement et durcissait un peu plus les tétons.

En essayant de ne pas réveiller sa maîtresse que ses expériences amoureuses répétées avaient plongée dans un sommeil pesant, Jérôme se souleva et, tel un athlète prêt à faire des pompes, sur la pointe des pieds et bras tendus pour éviter tout contact, il se positionna au-dessus du corps offert. Il pointa son pénis dans la fente maintenant mouillée et ouverte pour l’accueillir et lentement entra dans l’écrin de leur amour en s’imposant de ne pas se pousser brutalement au fond comme le lui commandait un désir de plus en plus violent qui aurait risqué de sortir Magalie de son rêve érotique. Tout aussi lentement il entama un va-et-vient, limité par sa position, qui exaspéra ses sens, mais dont il ne changea ni la cadence ni l’amplitude. Pas même lorsque la jeune femme commença à vibrer de tout son être et à jeter son ventre au-devant du dard qui fouillait imparfaitement son sexe. Ni lorsqu’elle commença à gémir dans son sommeil et à prononcer ce qu’il identifia comme son prénom mêlé à d’autres mots à peine cohérents où semblaient flotter deux syllabes plus claires comme Francès ou Francis, mais que dans le feu de l’action il ne nota pas dans sa mémoire. Sous le lent mais continuel frottement du pénis dans son vagin, Magalie manifesta de plus en plus vigoureusement la montée de l’orgasme. Toujours allongée, les bras le long du corps, hors du présent qui n’existait que par les seules poussées de Jérôme, elle commença à jouir dans son rêve. Son corps tout entier fut saisi de spasmes qui la secouèrent violemment et elle s’arc-bouta, le ventre et les seins jetés vers le ciel, la bouche grande ouverte sur un souffle rauque et haché, créant le contact.

Alors, et alors seulement, Jérôme se libéra de toute contrainte. Le lent mouvement de va-et-vient qui avait conduit sa partenaire à l’orgasme, il l’accéléra, l’amplifia, l’intensifia et lorsque Magalie se laissa retomber, libérée de la vague de spasmes de la jouissance, il prit la pointe d’un sein entre ses lèvres et déchaîna son bas-ventre entre les cuisses assagies. Il finissait d’expulser sa semence avec des han de bûcheron lorsque la jeune femme, qui émergeait enfin sous les coups de boutoirs qui ébranlaient son corps, laissa fuser des mots encore enrobés du sommeil pesant dont elle n’émergeait que lentement :

– J’ai rêvé que tu me faisais l’amour et c’était si réel que j’ai encore l’impression de te sentir dans mon ventre !

– Je suis dans ton ventre, ma chérie. Je suis entré dans ton rêve ou plutôt, j’ai fabriqué ton rêve. Je t’ai caressée jusqu’à ce que tu sois prête et je t’ai fait l’amour alors que tu croyais rêver.

– Je ne t’ai pas senti sur moi !

– Parce que je ne me suis pas couché sur toi. Quand tu t’es ouverte sous mes caresses, Albert s’est glissé dans ta fente sans aucun autre contact entre nous, pour que tu ailles au bout de ton rêve. C’est seulement après t’avoir entendu jouir que j’ai laissé mon corps te toucher et que j’ai joui à mon tour.

– Tu me réveilleras encore comme ça ? Rêver qu’on fait l’amour et se réveiller en train de le faire, c’est très agréable pour débuter une journée.

– C’était un peu comme dans le train, hier, tu ne trouves pas ?

– Dans le train je faisais déjà l’amour quand tu es arrivé dans le compartiment et je me suis réveillée aussitôt après ton entrée par effraction dans ma liline. Mais pour le ressenti, tu as raison, il n’y a guère de différence et j’ai adoré les deux. Quelle heure est-il ?

– Pas loin de treize heures.

– Voilà pourquoi je suis si affamée !

– Café au lait ? Café noir ? Thé ?

– Café au lait, tartines ou croissants, peu importe, mais j’ai besoin de nourrir mon corps par un autre orifice que celui que tu ravitailles si complaisamment en sperme.

Albert paru déçu de devoir s’extraire si tôt de son fourreau et le montra en se tenant bien droit tandis que Jérôme sortait du lit pour aller préparer le petit déjeuner. Magalie l’écouta s’activer avant que ne retentisse un « merde » bien sonore et que le jeune homme ne réapparaisse, plus gêné que furieux :

– J’ai complètement oublié le pain et la boulangerie du coin est fermée à cette heure-ci !

– Je me contenterai donc d’un café au lait, ce n’est pas dramatique.

– Pas question ! De toute façon il me faut en chercher pour les autres repas, alors autant régler le problème. Je m’habille et je t’abandonne vingt minutes, le temps de trouver un commerçant ouvert.

En un clin d’œil le jeune homme sauta dans ses vêtements et disparut en tirant la porte derrière lui.

– Il va falloir le dresser un peu, ton bonhomme.

– Chacun son rôle dans un ménage, Cromec.

– C’est à toi de voir. Cela dit, il me semble que tu attires les mâles de qualité parce que celui-là non plus n’est pas manchot et il a des idées intéressantes. Tu l’as bien choisi.

– Je ne l’ai pas choisi. C’est la vie qui me l’a offert et je compte bien me le garder en l’état aussi longtemps que possible. Il est grand, beau, il se sert merveilleusement de son sexe et je l’aime.

– Et ta liline l’aime, elle aussi.

– Et ma liline l’adore. Tout est pour le mieux.

– Ce qui devrait rendre la période d’essai tout à fait agréable, non ?

– Ne te fiche pas de moi ! Je sais très bien que tu possèdes déjà la réponse.

– Eh oui ! Tu vas lui dire tout de suite que tu renonces à ce jeu qui désespérait tes parents ?

– Dans quelques jours, histoire de ne pas avoir l’air de me jeter à sa tête tout de suite. Mais je ne doute plus qu’il soit l’homme de ma vie.

– Et l’autre, dont tu prononces le prénom quand tu rêves.

– Qu’est-ce que tu dis !

– L’autre t’obsède toujours. Tout à l’heure, pendant que Jérôme te faisait jouir, tu as balbutié son prénom, mais aussi celui de Francis. Heureusement, Jérôme était trop occupé entre tes cuisses pour y faire attention.

– C’est terrible !

– Tu trouveras bien le moyen de noyer le poisson. Tu es une femme. Mais je reviens à ma question. Et l’autre ?

– Comme tu le dis si bien, Francis m’obsède, mais je croyais être plus discrète. Il a réveillé mes sens et je lui dois en grande partie ce que je vis dès à présent avec Jérôme. Tu as été un témoin privilégié.

– C’est pour ça que je te demande ce que tu envisages de faire de lui. Tu dois une fière chandelle à ce garçon.

 Tu veux dire par-là que je dois lui être reconnaissante de m’avoir distraite de la route que je m’étais tracée ?

– Il y a un peu de ça. Mais si tu préfères lui être reconnaissante de t’avoir fait découvrir de quoi ton corps est capable, c’est aussi bien. Et puis, tu as la mémoire courte. Il y a quelques heures encore tu te promettais de le rejoindre périodiquement pour recharger tes accus à son magnétisme.

– L’amour me rend égoïste, c’est ça ?

– Pas du tout ! Tu es sur un petit nuage, éblouie, émerveillée par la puissance du lien qui s’est construit en un rien de temps avec celui dont tu veux faire ton compagnon. Je pense que cette force est née de ta rencontre avec Francis et que tu aurais tort de l’oublier dans l’euphorie du moment. Le temps ne détruira peut-être pas votre amour, mais il va émousser vos besoins sexuels. Le magnétisme qui t’a unie intensément à l’autre, baigne ton corps et s’est transmis à Jérôme. Vous en êtes imprégnés et c’est pour ça que tu estimes ne plus avoir besoin de la période d’essai.

– Et tu penses que ce magnétisme va perdre peu à peu de son intensité, qu’il va se diluer au fil de nos nuits et que pour le garder intact je ferai mieux de ne pas oublier l’existence de Francis ?

– Voilà.

– La dernière fois que nous avons parlé de cet extraordinaire lien magnétique, il n’était question que de faire en sorte de recharger périodiquement mes accus physiques, sexuels, pour tout dire. Tu portes maintenant la discussion sur le terrain de l’avenir de ma vie amoureuse avec Jérôme.

– L’être de pure énergie que je suis en est venu à t’aimer, durant ces jours et ces nuits et avant de te quitter, je tenais à revenir sur la remagnétisation de ton corps déjà évoquée. Si tu n’intègres pas Francis dans ton avenir ta vie prendra le chemin du déclin sexuel que suivent invariablement tous les couples ordinaires.

– C’est comme si tu venais de faire remonter en surface une évidence qui se terrait tout au fond de moi. Je vais organiser ma vie pour y intégrer Francis. Mais pourquoi parles-tu déjà de me quitter ? Il y a à peine quelques heures tu prétendais t’installer définitivement dans mon corps !

– Parce que je viens seulement de réaliser que je peux être dangereux pour toi ! Je n’ai aucune idée des effets que l’énergie énorme que j’ai accumulée et que je ne maîtrise peut-être pas encore très bien, peut avoir sur un organisme humain. Elle tend déjà à déborder sur ton partenaire lors de certains rapports de choix, alors je ne voudrais pas qu’elle finisse par réduire ton joli corps en cendre. J’ai besoin de réfléchir à la façon de gérer cet afflux de puissance.

– Tu vas me manquer !

– Tu m’appelleras.

– Quand pars-tu ?

– Maintenant. Nous devons profiter de l’absence de Jérôme.

– Que faut-il que je fasse ?

– Vas dans le cabinet de toilette. Je m’intégrerai au bâtiment sans dissoudre un morceau de moquette ou une partie du lit, comme je l’ai fait avec tes vêtements.

– Avant de rentrer dans les murs, tu vas redevenir cette masse caoutchouteuse qui a bien failli me faire mourir de peur ?

– Non. Maintenant tu collabores et je vais pouvoir passer directement de ton corps dans le sol sans avoir à te courir après. Tu ne sentiras rien.

– Tu me parleras ?

– Dès que le processus aura commencé, je serai déconnecté de ton cerveau et par conséquent muet. On y va ? Je te dis au revoir et à plus tard, si tu le veux.

Magalie descendit du lit. Elle entra dans le cabinet de toilette et se posta devant la glace qui surmontait le lavabo. Elle s’immobilisa, raide, pieds joints, envahie d’une infinie tristesse.

– Au revoir, mon Cromec, je t’appellerai.

– Au revoir, ma toute belle. Je t’aime. J’attendrai ton appel.

Sans transition la jeune femme vit apparaître dans la glace, recouvrant tout son corps, comme une buée lumineuse, pétillante, décalée comme lors de sa première vision de Cromec dans sa propre salle de bains. Cette brume glissa aussitôt sur sa peau et coula vers le sol dans lequel elle disparut autour de ses pieds. Magalie se recula. Ses pieds nus avaient laissé deux empreintes accolées sur le carrelage. Lorsqu’elles s’effacèrent, il ne subsistait rien du passage de Cromec.

Magalie retourna s’allonger sur le lit. Les mains derrière la nuque, elle fit un minuscule bond en arrière dans le temps, à l’instant précis où une bulle rouge sang pénétrait dans sa vie par le trou de la serrure de sa porte d’entrée. Elle accueillit cette vision, qui l’avait tant effrayée, avec un sourire que Jérôme, qui entrait précisément dans le studio avec son pain sous le bras, cru lui être destiné.

FIN